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viernes, 29 de septiembre de 2023

Monuments de la langue romane.

Monuments de la langue romane.


Après avoir présenté ces notions sur les troubadours et sur les cours d' amour, je terminerai ce discours préliminaire par l' indication des monuments de la langue romane, soit en prose, soit en vers, qui ont précédé (1) les ouvrages qui nous restent de ces poëtes.

(1) Quelque desir que j' aie de m' autoriser de monuments qui servissent à prouver l' existence ancienne de la langue romane, je croirais manquer aux devoirs de l' impartialité et aux règles de la critique, si je ne rejetais les pièces qui ne me paraissent pas assez authentiques. Ainsi parmi ces monuments je ne comprendrai pas cette épitaphe du comte Bernard:
Aissi jai lo comte Bernad
Fisel credeire al sang sacrat,
Que sempre prud hom es estat:
Preguem la divina bountat
Qu' aquela fi que lo tuat
Posqua soy arma aber salvat. (*:
Ici gît le comte Bernard
Fidèle croyant au sang sacré,
Qui toujours preux homme a été:
Prions la divine bonté
Que cette fin qui le tua
Puisse son ame avoir sauvé.)

On faisait remonter la date de cette épitaphe à l' an 844, époque où le comte Bernard fut tué par l' ordre de Louis-le-Débonnaire.
Borel (a) l' avait publiée avec le fragment d' une chronique attribuée à Odon Aribert. L' académie de Barcelonne (b) avait reproduit ces vers comme un monument de 844, et dom Rivet (c) les avait cités à son tour. Mais l' antiquité de cette épitaphe a été justement suspectée par les savants auteurs de l' histoire générale de Languedoc, par Lafaille dans ses annales de Toulouse, par Baluze lui-même, qui avait voulu d' abord se servir du fragment de la chronique, et enfin par l' abbé Andrès (d) et par l' abbé Simon Assemani (e).
(a) Antiquités de Castres, p. 12, Dictionnaire des termes du vieux français.
(b) Real Academia de Barcelona, t. I, 2e partie, p. 575.
(c) Hist. Litt. de la France, t. 7, avert., p. LXVIII.
(d) Dell' origine, de' progressi e dello stato d' ogni litteratura, t. I, p. 267.
(e) Se gli Arabi ebbero alcuna influenza sull' origine della poesia moderna in Europa.
Aux raisons données par ces divers critiques, j' ajouterai
1° que ce fragment de chronique n' est connu que par la publication faite par Borel;
2° que celui-ci n' a pas tenu l' engagement qu' il avait pris de publier le texte entier du manuscrit;
3° qu' on ignore aujourd'hui si le manuscrit existe encore;
4° que le prétendu auteur de la chronique, Odon Aribert, n' a été cité ni connu par aucun écrivain;
5° enfin que le style même m’ a paru n' être pas antérieur au douzième siècle.


Serments de 842.

J' ai parlé précédemment (1: Voyez t. I, p. xxij.) de ce précieux et antique monument de la langue romane, je me borne ici à une seule observation: il n' existe qu' un seul manuscrit de l' ouvrage de Nithard, qui a conservé ces serments en langue originale. C' est sur ce manuscrit qu' a été copié le texte que je publie en conservant la place exacte des lettres et des mots. Comme il a été précédemment gravé deux fac-simile (1: Par MM. de Roquefort et de Moursin) de ce texte, je n' ai pas cru nécessaire d' en publier un troisième.

Poëme sur Boece.

Après le serment de 842, le poëme sur Boece est, sans contredit, le plus ancien des monuments de la langue romane qui sont parvenus jusqu' à nous.
Il paraît que ce poëme était d' une longueur considérable; avant de décrire le manuscrit unique qui en a conservé un fragment de deux cent cinquante sept vers, je crois convenable de parler de l' abbaye de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire, et de sa fameuse bibliothèque, dans laquelle ce manuscrit était encore déposé, lors de la suppression des
monastères.
Il a été fait mention pour la première fois de ce manuscrit précieux dans l' une des dissertations sur l' histoire ecclésiastique et civile de Paris, par l' abbé Lebœuf, où se trouvent deux passages de ce poëme; ils y sont intitulés: “Fragment de poésie, en langage vulgaire usité, il y a environ sept cents ans, dans les parties méridionales de la France, tiré d' un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire, qui paraît être du XIe siècle.”
Il dit plus bas: “Ce que j' ai vu en 1727 dans un des volumes de la fameuse bibliothèque de l' abbaye de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire.” (1: Tome II, p. 409.)
Cette abbaye fondée dans le VIe siècle, sous le règne de Clovis II, devint une des principales abbayes de la France; elle possédait le corps de saint Benoît, qui y avait été transféré du mont Cassin (2: Joan. a Bosco, Floriac. vet. Bibliot., p. 409.) en 660; et il existe des monuments historiques qui attestent qu' elle jouissait de très grands revenus.
Dans le Xe siècle, lorsque Odon, abbé de Cluni, eut réformé les moines de cette abbaye, elle devint célèbre par son école et par sa bibliothèque.
Léon VII, qui avait appelé Odon à Rome, établit le monastère de Fleury chef de l' ordre de Saint-Benoît, l' exempta de la juridiction épiscopale, et déclara l' abbé chef de tous les abbés de France.
Abbon, né à Orléans, fit ses études dans l' école de Fleury; il en fut abbé, sous le règne de Hugues Capet, jusqu' en 1004.
Il contribua beaucoup à maintenir et à propager les bonnes études.
Gauzlin, fils naturel de Hugues Capet, fut confié par son père à Abbon: ce jeune prince, élevé dans le monastère de Fleury, acquit beaucoup d' instruction, devint abbé en 1005, après la mort d' Abbon, et ensuite archevêque de Bourges, en 1013.
A cette époque on comptait cinq mille étudiants, soit religieux, soit externes, dans l' école de Fleury.
Tous les ans chaque écolier était tenu de donner deux manuscrits pour honoraires ou rétribution; ce qui rendit bientôt la bibliothèque de Fleury l' une des plus riches de la France.
Elle était pourvue non-seulement des livres que l' état religieux exigeait, mais encore des auteurs classiques; on y trouvait le traité de la République par Cicéron, traité qui a été ensuite perdu pour les lettres. (1: Hist Litt. de la France, t. V, p. 36.)
Veran qui fut abbé de Fleury, depuis 1080 jusqu' en 1095, prit soin d' entretenir les richesses de la bibliothèque. (2: Hist. Litt. de la France, t. VII, p. 102.)
Peu de temps après, et sous le règne de Louis-le-Jeune, Machaire, alors abbé, voyant que les livres dépérissaient, imposa une taxe dont le produit fut destiné à acheter du parchemin pour recopier les vieux manuscrits, et à se procurer des manuscrits nouveaux.
Voici l' ordonnance capitulaire:
“Moi abbé, voyant que les manuscrits de notre bibliothèque dépérissent par l' effet de la vétusté, par les attaques du ciron et de la teigne, voulant y remédier, et acheter soit de nouveaux manuscrits, soit des parchemins pour recopier les anciens, j' ai, dans mon chapitre, avec le consentement, et même à la prière de tout le monastère, établi et ordonné que moi et les prieurs qui relèvent de ce monastère, payerons une contribution annuelle, au jour de la Saint-Benoît d' hyver, pour ce projet si nécessaire, si utile, si louable.” (1: Joan. a Bosco, Flor. vet. Bibliot., p. 302.)
Que de richesses littéraires et dans tous les genres étaient conservées dans l' abbaye de Fleury! Malheureusement Odet de Coligni, cardinal de Châtillon, qui en fut abbé dans le XVIe siècle, ayant embrassé la réforme, les gens de son parti enlevèrent en 1561 et 1562 une grande partie des manuscrits.
Un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur dit à ce sujet: (2: Notice des manuscrits de la bibliothèque de l' église de Rouen, par l' abbé Saas, revue et corrigée par un religieux bénédictin (*), etc. Rouen, 1747, p. 12. (*) Dom Fr. René Prosper Tassin.)
“L' abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire fut exposée au pillage comme les autres. Une moitié de la célèbre bibliothèque de Fleury tomba entre les mains de M. Petau, et l' autre moitié entre celles de M. Bongart. Ce dernier s' étant retiré à la cour de l' électeur Palatin, y laissa ses richesses littéraires, et donna par-là naissance à la fameuse bibliothèque d' Heidelberg. Les manuscrits de M. Petau furent achetés par Christine, reine de Suède. Tous ces livres se trouvent aujourd'hui dans la bibliothèque du Vatican; et la France est dépouillée de ce précieux trésor, amassé par les moines de Fleury.”
Instruit que le manuscrit qui contenait les fragments d' un poëme sur Boece se trouvait encore dans la bibliothèque de Fleury en 1740, je mis les soins les plus actifs et les plus constants à en faire la recherche.
J' espérais peu de réussir, ayant eu souvent occasion de me convaincre des dilapidations et des destructions qu' avaient occasionnées les déplacements des grandes bibliothèques, sur-tout de celles des monastères.
Au mois d' octobre 1813, je découvris que ce manuscrit avait passé dans la bibliothèque de la ville d' Orléans; bientôt je pus l' examiner, le copier à loisir. (1: Je saisis avec empressement l' occasion d' offrir à M. Septier, bibliothécaire d' Orléans, l' expression publique de ma reconnaissance pour tous les soins qu' il a bien voulu prendre à ce sujet, et pour la confiance dont il m' a donné des preuves réitérées.)
Aujourd'hui il m' a été confié de nouveau, et je l' ai sous les yeux en le décrivant.
Ce manuscrit, cinquième volume de la collection intitulée Diversa Opera de l' ancienne abbaye, forme un volume in-4° en parchemin de 275 pages.
Les premières pièces de ce manuscrit sont d' une écriture qui appartient au XIIIe siècle, et même à une époque postérieure; mais comme le volume est formé de plusieurs pièces différentes, copiées à diverses époques, on trouve à la page 224 quelques sermons dont l' écriture est peut-être plus ancienne encore que celle du Poëme sur Boece.
Au milieu de la page 269, verso de la page 268, commence le fragment du Poëme sur Boece, qui remplit les pages 269 à 275.
La suite du poëme manque, et le fragment se termine au commencement d' un vers par ces mots: DE PEC...
Les connaisseurs jugeront par le fac-simile d' une ligne de l' écriture des sermons, et de quelques lignes du poëme sur Boece, que la date ancienne, accordée par l' abbé Lebœuf et autres au manuscrit, est confirmée par les règles de la diplomatique.
On peut confronter ce fac-simile avec les Specimen publiés par le P. Mabillon dans son savant ouvrage De re diplomatica.
Une circonstance très-remarquable dans le manuscrit du poëme sur Boece, c' est que plusieurs mots sont marqués d' un accent; je regarde ce signe comme une preuve d' antiquité.
Mais l' examen du langage prouve encore mieux l' époque très ancienne de la composition du poëme. J' ai cru devoir faire imprimer en entier ce qui en reste.
L' abbé Lebœuf avait dit: “L' écriture m' a paru être du XIe siècle, mais la composition du poëme peut être encore de plus ancienne date.”
Les vers imprimés par l' abbé Lebœuf sont au nombre de vingt-deux, et ils offrent deux fragments: l' un appartient au commencement du poëme, l' autre appartient au milieu de ce qui reste du manuscrit.
Court de Gebelin, dans son discours préliminaire du Dictionnaire étymologique de la langue française, avait parlé du poëme sur Boece en ces termes: “IXe siècle. On conçoit qu' il doit rester bien peu de monuments français d' un temps aussi reculé, et où la langue française était si peu cultivée. Mais moins il en reste, plus ils doivent être recueillis précieusement. De ce nombre, outre le serment de Louis-le-Germanique, est une pièce en vers, qui se trouve à la fin d' un manuscrit de Saint-Benoît-sur-Loire, p. 269 à 275. Le style raboteux et informe dans lequel elle est écrite, prouve sa haute antiquité. Elle a pour objet Boece, et commence ainsi: Nos jove omne, etc.”
Il est certain que Court de Gebelin avait jugé cet ouvrage autrement que par les fragments publiés par l' abbé Lebœuf. Plusieurs raisons ne permettent pas d' en douter.
Les savants bénédictins, auteurs de l' Histoire littéraire de la France, ont eu plus d' une fois l' occasion de s' expliquer sur l' ancienneté de ce poëme. Dans l' avertissement du tome VII, qui traite du XIe siècle, ils disent page XLVIII: “Entre les autres poésies de même nature qui nous restent du même siècle, il faut mettre celles que M. L' abbé Lebœuf a déterrées dans un très ancien manuscrit de Saint-Benoît-sur-Loire, et dont il a publié des fragments.”
Et ensuite à la page CXII du même tome VII:
“Celui en vers tiré d' un manuscrit de Fleury, et publié par M. L' abbé Lebœuf, est entièrement différent de tous les autres dont nous avons connaissance; il est vrai qu' il nous paraît plus ancien que le siècle qui nous occupe... On y découvre un dialecte qui nous montre visiblement l' origine de la langue matrice, c' est-à-dire du latin.”
Enfin dans le même avertissement de ce tome VII, page XXX, on lit:
“M. L' abbé Lebœuf, cet auteur si judicieux, nous a donné de son côté des lambeaux d' autres monuments en vers qu' il a tirés d' un manuscrit de Saint-Benoît-sur-Loire qui a été fait au XIe siècle, mais il soupçonne avec raison que les pièces en roman qu' il contient sont plus anciennes.” “Effectivemant leur rudesse et leur grossièreté montrent qu' elles appartiennent au moins au Xe siècle.”
Les bénédictins auraient pu ajouter que ce poëme est seulement en rimes masculines.
Mais pour éviter à ce sujet une discussion qui ne tournerait pas au profit de la science, je me borne à le présenter comme de la fin de ce Xe siècle. (1: L' examen des vers du poëme sur Boece prouve assez évidemment qu' ils ne sont pas les premiers qu' on ait composés en langue romane. Dans une églogue latine que rapporte Paschase Ratbert, mort en 865, à la suite de la vie de saint Adhalard, abbé de Corbie, mort en 826, les poëtes romans sont invités, ainsi les poëtes latins, à célébrer les vertus d' Adhalard:
RUSTICA concelebret ROMANA latinaque lingua (: et latina lingua)
Saxo qui, pariter plangens, pro CARMINE dicat:
Vertite huc cuncti cecinit quam maximus ille,
Et tumulum facite, et tumulo super addite CARMEN.
Act. SS. Ord. S. Bened. sæc. IV, pars I, p. 340.)

La captivité de Boece est évidemment le sujet du poëme; les imitations que l' auteur a faites quelquefois de l' ouvrage De consolatione philosophiæ, ne sont tirées que des premières pages de ce traité, circonstance qui permet de conjecturer que le poëme sur Boece était un ouvrage très étendu; les avantages que nous offre le fragment qui nous est parvenu, doivent faire vivement regretter la perte du reste.
L' extrême soin que je mets non-seulement à communiquer en entier aux savants ce monument si précieux de la littérature romane, mais encore à le leur présenter dans ses formes identiques, soit en donnant un fac-simile de quelques lignes, pour juger de l' époque du manuscrit qui le contient, soit en faisant imprimer le texte dans le même ordre qu' il s' y trouve, méritera peut-être et obtiendra sans doute quelque indulgence pour mon travail. La manière dont les lettres et les mots sont disposés dans les pages intitulées Texte du manuscrit, permettra aux personnes versées dans cette partie, de lire ce texte de la manière qui leur offrira un sens plus propre et plus clair.

Actes et titres depuis l' an 960 et suivants.

Les fragments nombreux et importants de la langue romane que j' ai recueillis dans les actes latins des Xe et XIe siècles, et que j' ai rapprochés, prouveront que l' idiôme roman était depuis long-temps la langue populaire de la France méridionale. Ces fragments sont presque tous des formules romanes insérées dans les actes de foi et hommage, afin que les parties connussent et exprimassent dans leur propre idiôme les obligations qu' elles contractaient.
On ne peut considérer sans étonnement que la plupart de ces fragments disséminés dans les actes latins par divers officiers publics, en différents temps et en différents lieux, sont en général conformes aux règles de la grammaire romane.

Poésies des Vaudois.

Si l' on rejetait l' opinion de l' existence d' une langue romane primitive, c' est-à-dire d' un idiôme intermédiaire qui, par la décomposition de la langue des Romains, et l' établissement d' un nouveau système grammatical, a fourni le type commun d' après lequel se sont successivement modifiés les divers idiômes de l' Europe latine, il serait difficile d' expliquer comment, dans les vallées du Piémont, un peuple séparé des autres par ses opinions religieuses, par ses mœurs, et sur-tout par sa pauvreté, a parlé la langue romane à une époque très ancienne et s' en est servi pour conserver et transmettre la tradition de ses dogmes religieux; circonstance qui atteste la haute antiquité de cet idiôme dans le pays que ce peuple habitait.
Le poëme de La nobla leyczon porte la date de l' an 1100. (1)
La secte religieuse des Vaudois est donc beaucoup plus ancienne qu' on ne l' a cru généralement.
Bossuet a dit de leur doctrine: “Lorsqu' ils se sont séparés, ils n' avaient que très peu de dogmes contraires aux nôtres, ou peut-être point du tout.”
(1) Ben ha MIL E CENT ancz compli entierament
Que fo scripta l' ora car sen al derier temps. (a:
Bien a mille et cent ans accomplis entièrement
Que fut écrite l' heure que nous sommes au dernier temps.)

“Conrad, abbé d' Usperg, qui a vu de près les Vaudois, a écrit que le pape Lucius (1: Lucius fut pape de 1181 à 1185.) les mit au nombre des hérétiques, à cause de quelques dogmes ou observances superstitieuses.” (2: Bossuet, Histoire des variations, liv. XI.)
Claude de Seyssel, archevêque de Turin, a déclaré que leur vie et leurs moeurs ont toujours été irréprochables parmi les hommes, et qu' ils observaient de tout leur pouvoir les commandements de Dieu.
Et Bossuet, en condamnant la Doctrine des Vaudois, a parlé de leurs mœurs en ces termes: “On me demandera peut-être ce que je crois de la vie des Vaudois, que Renier a tant vantée; j' en croirai tout ce qu' on voudra, et plus, si l' on veut; car le démon ne se soucie pas par où il tienne les hommes... Il ne faut donc pas s' étonner de la régularité apparente de leurs mœurs, puisque c' était une partie de la séduction contre laquelle nous avons été prémunis par tant d' avertissements de l' évangile.”
Quant aux livres des Vaudois, voici ce qu' en dit Bossuet:
“Au surplus, nous pourrions parler de l' âge de ces livres vaudois et des altérations qu' on y pourrait avoir faites, si on nous avait indiqué quelque bibliothèque connue où on les pût voir. Jusqu' à ce qu' on ait donné au public cette instruction nécessaire, nous ne pouvons que nous étonner de ce qu' on nous produit comme authentiques des livres qui n' ont été vus que de Perrin seul, puisque ni Aubertin, ni La Roque ne les citent que sur sa foi, sans nous dire seulement qu' il les aient jamais maniés.”
Bossuet s' exprimait ainsi en 1688, année où il publia son Histoire des variations: cependant deux ouvrages imprimés avaient indiqué les bibliothèques où se trouvaient les livres des Vaudois (1) en original.
(1) Dès 1658, Samuel Morland, dans son History of the evangelical churches of the valleys of Piemont, London, fol., avait fait imprimer le catalogue des manuscrits dont il s' était servi pour cet ouvrage, manuscrits qu' il avait déposés à la bibliothèque de l' université de Cambridge en août 1658. (a: Morland, introd.)
En 1669, Jean Léger, transcrivant, dans son Histoire générale des églises évangéliques des vallées du Piémont, Leyde, 1669 in-fol., des vers du poëme de La nobla leyczon, dit:
“Extrait d' un traité intitulé La nobla leyczon, daté de l' an 1100, qui se trouve tout entier dans un livre de parchemin, écrit à la main, en vieille lettre gothique, dont se sont trouvés deux exemplaires, l' un desquels se conserve à Cambridge, et l' autre en la bibliothèque de Genève.” (b: Léger, Hist. génér., p. 26.)
Outre ce poëme et autres qui y sont joints, la bibliothèque de Genève avait alors en dépôt divers manuscrits vaudois, ainsi que le prouve l' attestation suivante de M. Gérard, alors bibliothécaire de Genève, insérée dans l' histoire de Léger. (c: Léger, Hist. génér., p. 23.)
“Je soussigné déclare avoir reçu des mains de M. Léger, ci-devant pasteur ès vallées, i° un livre de parchemin manuscrit in-8°, contenant plusieurs traités de la doctrine des anciens Vaudois, en leur propre langue; 2° une liasse de plusieurs autres manuscrits, etc. que je conserve en la bibliothèque de cette cité, pour y avoir recours au besoin; en foi de quoi, etc., à Genève, le 10 novembre 1662, signé Gérard, pasteur du collége et bibliothécaire.”


La lecture des poésies religieuses que je publie, donnera une idée suffisante de leurs dogmes.
Quant à l' idiôme dans lequel elles sont écrites, on se convaincra que le dialecte vaudois est identiquement la langue romane; les légères modifications (1) qu' on y remarque, quand on le compare à la langue des troubadours, reçoivent des explications qui deviennent de nouvelles preuves de l' identité.
(1) Je crois convenable d' offrir le tableau des principales modifications.
Changements de voyelles.
O pour U.
Vaudois. Roman. Vaudois. Roman.
seo seu greos greus
vio viu breo breu
caitio caitiu deorian deurian
O pour A.
volrio volria
Voyelles ajoutées a la fin du mot, A, I et O.
sencza senz illi ill
aquisti aquist aiuto aiut, etc.
Suppresion de consonnes finales.
bonta bontat ma mas
verita veritat ca car, etc.
(N. E. Como ocurre en la lengua italiana, toscana, etc.)

Changement ou suppression de consonnes finales,
changement de voyelles finales dans les verbes.
Je place dans un seul tableau les modifications relatives aux verbes:
Infinitif. Vaudois. Roman.
Part. Passé. forma, salva format, salvat
compli complit
offendu, agu offendut, agut
Indicatif.
Présent.
3.e pers. Sing. po pot
1re pers. Plur. aman, sen, aven, deven amam, sem, avem, devem
2.e anna, vene annatz, venetz
3.e pon podon
Prétérit simple.
3.e pers. Sing. peche, manje pechet, manjet
Futur.
3.e pers. Sing. sere, penre, venre sera, penra, venra
1re pers. Plur. tenren, iren tenrem, irem
2.e sere, aure seretz, auretz
3.e seren, murren serem, murrem
Conditionnel.
1re pers. Plur. aurian, segrian auriam, segriam
Subjonctif.
Présent.
1re pers. Plur. faczan poisam, faczam, etc.

Il me reste à parler des manuscrits des ouvrages en dialecte vaudois.
Samuel Morland (1: Samuel Morland avait été l' envoyé de Cromwel (Cromwell) auprès du duc de Savoie.) avait déposé en 1658 à la bibliothèque de l' université de Cambridge plusieurs manuscrits dont le catalogue est au commencement de son histoire.
Ces manuscrits intéressants ne s' y trouvent plus depuis plusieurs années.
La bibliothèque de Genève possède trois manuscrits vaudois. Celui qui est coté n° 207 contient les poésies religieuses et morales; il m' a fourni les pièces qui sont imprimées de la page 73 à la page 133. (1: J' ai dû au zèle, à la sagacité et à la bienveillance de M. Favre- Bertrand de Genève une copie exacte des pièces que je publie, et quelques renseignements très détaillés et très utiles. Il me tardait d' offrir à ce littérateur distingué l' hommage public de ma juste reconnaissance.)

La nobla leyczon.

Ce poëme, qui est une histoire abrégée de l' ancien et du nouveau Testament, m' a paru assez important pour être inséré en entier. J' ai conféré le texte du manuscrit de Genève avec celui du manuscrit de Cambridge, publié par Samuel Morland. (2: Je suis porté à croire que le manuscrit de Cambridge avait été fait sur un exemplaire plus ancien que celui qui a servi pour la copie du manuscrit de Genève; dans le manuscrit de Cambridge on lit AU, avec, venant d' AB roman, et dans celui de Genève on lit CUM au lieu d' AU.)
La date de l' an 1100 qu' on lit dans ce poëme mérite toute confiance. Les personnes qui l' examineront avec attention jugeront que le manuscrit n' a pas été interpolé; les successeurs des anciens Vaudois, ni les dissidents de l' église romaine qui auraient voulu s' autoriser des opinions contenues dans ce poëme, n' auraient eu aucun intérêt à faire des changements; et s' ils avaient osé en faire, ces changements auraient bien moins porté sur la date du poëme que sur le fond des matières qu' il traite, pour les accommoder à leurs propres systêmes dogmatiques. Enfin le style même de l' ouvrage, la forme des vers, la concordance des deux manuscrits, le genre des variantes qu' ils présentent, tout se réunit en faveur de l' authenticité de ces poésies; M. Sennebier jugeait que le manuscrit de Genève est du XIIe siècle.

La barca.

C' est un poëme sur le Miserere et sur la brièveté de la vie; il contient trois cent trente-six vers; j' en rapporte quelques-uns.

Lo novel sermon.

Il contient quatre cent huit vers. Ceux que je publie donnent une idée du genre de ce poëme, qui est en grands vers. J' en cite des fragments considérables.

Lo novel confort.

Ce poëme est en stances de quatre vers qui riment toujours ensemble.

Lo payre eternal.

Il est en grands vers et divisé en stances de trois vers qui riment toujours ensemble.

Lo despreczi del mont.

Le poëme du mépris du monde ne contient que cent quinze vers.
Il ne se trouvait pas dans les manuscrits de Cambridge.

L' avangeli de li quatre semencz.

Cette pièce est de trois cents vers divisés en stances de quatre vers qui riment ensemble; elle ne se trouvait pas dans les manuscrits de Cambridge.
J. Léger aurait pu appliquer à tous ces divers poëmes ce qu' il dit spécialement de La nobla leyczon dans son Histoire des églises vaudoises, pag. 30: “Et ces sages Barbes ont voulu mettre en main de leurs peuples ce divin trésor en cette forme de rime ou de poésie en leur langue, pour en rendre la lecture plus agréable, et à ce que la jeunesse le pût plus facilement imprimer en sa mémoire.”
Je n' ai pas cru nécessaire de rapporter des fragments en prose des ouvrages dogmatiques des Vaudois (1); le traité de l' Ante-Christ porte la date de 1126. (1: Perrin, histoire des Vaudois, dans les ouvrages de Samuel Morland, de Jean Léger, etc.
La bibliothèque de Grenoble possède un manuscrit de la traduction du Nouveau-Testament en dialecte vaudois; la parabole de l' Enfant Prodigue, tirée de ce manuscrit, a été publiée par M. Champellion Figeac, dans ses Recherches sur les différents patois de la France.)

Pièces et fragments divers.

L' Oraison, la prière à la Vierge, l' extrait du mystère des vierges sages et des vierges folles, ont été tirés d' un manuscrit de la bibliothèque du Roi, coté n° 1139, dans le catalogue des manuscrits latins. Il avait appartenu jadis à l' abbaye de Saint-Martial de Limoges.
L' écriture du cahier qui contient ces pièces a paru à tous les connaisseurs être du XIe siècle (1), et même de la première moitié de ce siècle.
Il commence au fol. 32 du manuscrit, et finit au fol. 83.
L' une de ces pièces mérite une attention particulière; c' est le mystère des vierges sages et des vierges folles, dans lequel les interlocuteurs parlent tantôt latin, tantôt roman.

(1) L' abbé Lebœuf, État des sciences en France depuis le Roi Robert jusqu' à Philippe-le-Bel, page 68, donne à des vers qu' il cite de ce manuscrit la date du règne de Henri Ier, qui monta sur le trône en 1031.

Fragment de la vie de Sainte Fides d' Agen.

Fauchet l' a inséré dans son ouvrage De l' origine de la langue et poésie Françaises, 1581, in-4°, en l' intitulant: “Deux couples tirées d' un livre escrit à la main, il n' y a guieres moins de cinq cens ans, lequel le dict sieur Pithou m' a presté, contenant la vie de saincte Fides d' Agen.” (1:
La perte de ce manuscrit est à regretter; on verra dans les deux couplets que j' ai arrangés grammaticalement, sans me permettre de changer une seule lettre, que les règles de la grammaire ont été connues de l' auteur, sur-tout celle qui distingue les sujets et les régimes.
La Bibliothèque historique de la France cite, sous le n° 4412, t. I, p. 286, cette remarque tirée des recueils de M. Falconet:
“Vie de sainte Fides d' Agen, en vers rimés en
langue provençale, semblable à la catalane, écrite en 1080.”
On trouve dans Catel, Histoire des Comtes de Toulouse, p. 104, un fragment considérable d' un poëme relatif à sainte Foy de Rouergue.
Je me borne à l' indiquer.)

Planch de Sant Esteve.

L' ancien rit gallican ordonnait que les vies des saints seraient récitées à la messe du jour consacré à leur fête. Quand Pepin et Charlemagne introduisirent la
liturgie romaine, il fut permis aux églises de France de conserver du rit gallican les usages qui ne contredisaient pas le rit romain.

Ce rit défendait de faire pendant la messe toute autre lecture que celle de l' écriture sainte; de sorte que ces vies ne furent plus lues que pendant l' office de la nuit.
Mais le récit du martyre de saint Etienne se trouvant dans les actes des apôtres, les églises de France continuèrent de le chanter à la messe; et pour le mettre à la portée du peuple, il fallut le traduire en idiôme vulgaire; on le distribua en couplets, qu' on chantait alternativement avec les passages latins qu' ils expriment; ce qui fit donner à ce genre le nom de Farsia, d' Epitre Farcie. (1: Voyez Ducange, au mot Farsia.)
On retrouve encore aujourd'hui plusieurs Plaints, Complaintes de saint Etienne en vieux langage. (2: Mémoires de l' académie des inscriptions et belles-lettres, t. 17, p. 716. - Lebœuf, Traité historique et
pratique sur le chant ecclésiastique. Almanach de Troyes pour l' année 1767.)
Les Planch de Sant Esteve que je publie, sont un monument ancien de la langue romane. On en jugera par le style. Des preuves matérielles confirment cette assertion. (3: Le texte du Planch de sant Esteve a été pris 1° sur un MS. du chapitre d' Aix en Provence; ce texte était joint à un vieux martyrologe recopié en 1318, et au sujet duquel on lisait dans le MS. même: Anno domini 1318, capitulum ecclesiæ Aquensis et... voluerunt et ordinaverunt quod martyrologium VETUS scriberetur et renovaretur de novo.”
2° Sur un des processionnaux manuscrits du chapitre d' Agen.
Les deux manuscrits presque entièrement conformes n' offraient aucune différence remarquable.
(N. E. Véase Viaje literario a las iglesias de España, tomo 6, apéndice 9,
Paraphrasis epistolae, quae in die S. Stephani Protomartyris
vernaculo sermone in nonnullis ecclesiis Cataloniae populo legebatur. (V. pág. 96.) - Ex cod. epist. MS. sec. XIII. in eccl. Ageren. n. 2563. (Ager),
Aquest es lo plant de Sent Esteve

AQUEST ES LO PLANT DE SENT ESTEVE.

Lectio actuum apostolorum.

Esta liço que legirem,

dels fayts dels apostols la traurem:

lo dit Sent Luch recomptarem:

de Sent Esteve parlarem.

In diebus illis.

En aycel temps que Deus fo nat,

e fo de mort resucitat,

e pux al cel sen fo puyat,

Sent Esteve fo lapidat.

Stephanus autem plenus gratiâ et fortitudine, faciebat prodigia et signa magna in populo.

Auyats, Seyors, per qual rayso

lo lapidaren li felo,

car viron que Deus en el fo,

e feu miracles per son do.

Surrexerunt autem quidam de synagoga, quae appellatur Libertinorum, et Cyrenensium, et Alexandrinorum, et eorum qui erant a Cicilia (sic) et Asia, disputantes cum Stephano.

En contra el coren e van

li felo libertinian,

e li cruel cecilian,

els altres dalexandria.

Et non poterant resistere sapientiae, et spiritui, qui loquebatur.

Lo sant de Deu e la vertut

los mençonges a coneguts,

los pus savis a renduts muts,

los pochs els grans a tots vençuts.

Audientes autem haec, dissecabuntur cordibus suis, et stridebant dentibus in eum.

Cant an ausida sa rayso,

conegron tots que vencuts son,

dira los inflan los polbon,

les dens cruxen com a leon.

Cum autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancto, intendens in coelum vidit gloriam Dei, et Iesum stantem a dextris virtutis Dei, et ait.

Lo Sant conec sa volentat,

no vol son cors dome armat;

mas sus el cel a esgardat.

Auyats, Seyors, com a parlat.

Ecce video coelos apertos, et filium hominis stantem a dextris virtutis Dei.

Escoltatme, nous sia greu:

la sus lo cel ubert vey eu,

e conec be lo fyl de Deu

que crucifigaren li Judeu.

Exclamantes autem voce magna, continuerunt aures suas, et impetum fecerunt unanimiter in eum.

Per co que a dit son tots irats

los fals Jueus, e an cridat:

prengamlo, que prou a parlat,

e gitemlo de la ciutat.

Et eiicientes eum extra civitatem lapidabans.

No si pot mays lerguyl celar:

lo Sant prenen per turmentar,

fors la ciutat lo van gitar,

e pensenlo dapedregar.

Et testes deposuerunt vestimenta sua secus pedes adolescentis, qui vocabatur Saulus.

Depuys als peus dun bacalar

pausan los draps per miyls lancar:

Saul lapelonli primer,

Sent Paul cels qui vingron derer.

Et lapidabant Stephanum invocantem, et dicentem.

Cant lo Sant viu las pedras venir,

dolces li son, no volch fugir:

per son Seyor sofit martir,

e comencet axi a dir:

Domine Ihesu, accipe spiritum meum.

Seyer, ver Deus, qui fist lo mon,

e nos tragist dinfern pregon,

e puys nos dest lo teu sant nom,

rech mon sperit... a mon.

Positis autem genibus clamavit voce magna, dicens.

Apres son dit sadenoylet,

don a nos exemple donet;

car per sos enemichs preget,

e co que volc el acaptet.

Domine, ne statuas illis hoc peccatum.

O ver Deus, payre glorios,

quil fiyl donest a mort per nos,

est mal quem fan perdonal los,

no nayen pena ni dolor.

Et cum hoc dixisset, obdormivit in Domino.

Cant est sermo el ac fenit,

el martiri fo aconplit,

recapta co ques volch ab Deu,

e puyesen al regne seu.

En lo qual nos dey acoylir

Jhus. qui volch per nos morir:

quens acompay ab los seus Sanç

e tots los fidels xpians.

Seyors, e dones, tuyt preguem

Sent Esteve, e reclamem,

quel nos vuyle recaptar

les animes puyam salvar. Amen. )

Ils étaient chantés dans des églises du midi de la France entre lesquelles il n' avait existé des relations d' hiérarchie, soit ecclésiastique, soit civile, que dans des temps très reculés, ce qui permet de croire que l' usage de les chanter remontait à cette époque ancienne.

Fragments de la traduction en vers de la vie de Saint Amant.
Deux ouvrages de Marc-Antoine Dominicy, jurisconsulte, né à Cahors, ont conservé divers fragments de cette traduction. (1: “Disquisitio de prærogativâ allodiorum in provinciis Narbonensi et Aquitanicâ quæ jure scripto reguntur.” Paris, 1645, in-4°. “Ansberti familia rediviva, sive superior et inferior Stemmatis beati Arnulfi linea... vindicata.” Paris, 1748 (1648), in-4°.)
Dans son traité de Praerogativa allodiorum, publié en 1645, il cite l' ancienne vie de saint Amant, évêque de Rodez, écrite en langue romane, et en vers, depuis
plus de cinq cents ans. (2: “Vetus vita sancti Amantii Ruthenorum episcopi ante quincentos annos versibus rhythmicis linguâ romanâ conscripta.” Page 55.)
Et dans sa dissertation intitulée Ansberti familia rediviva (3), publiée en 1648, il dit: “Un ancien auteur qui, depuis
six cents ans, a traduit d' un vieux auteur latin, en langue romane rustique et en vers rimés, la vie de saint Amant, évêque de Rodez, atteste, etc.
(3) “Asserit vetus auctor qui B. Amantii Ruthenensis episcopi vitam versibus rhythmicis jam
a sexcentis annis ex veteri latino auctore in rusticam romanam linguam transtulisse metrico sermone testatur; sic enim se habet.”

Si l' on adoptait cette dernière assertion de Dominicy, il faudrait admettre que la traduction en
vers romans date de la première moitié du XIe siècle. Et cette assertion n' est pas contredite par la précédente, puisque, d' une part, la dissertation Ansberti familia, etc., étant postérieure, et énonçant non une époque vague de plus de cinq cents ans, mais une époque positive et déterminée de six cents, il est évident que cette dernière assertion était le résultat des opinions de l' auteur.
Il y a plus; d' après les expressions de Dominicy, on pourrait croire que c' est dans la traduction même qu' on trouve la preuve qu' elle datait alors de six cents ans: Auctor qui... a sexcentis annis ex
veteri latino auctore in rusticam romanam linguam transtulisse metrico sermone testatur.
Je ne ferai pas à ce sujet d' autres observations, parce que l' inspection du manuscrit d' où ces fragments ont été tirés, me serait nécessaire pour arrêter une détermination; car je suis persuadé qu' en général les vers de ces fragments ont été mal copiés. Il est permis de présumer que Dominicy, ne les citant que comme preuves de faits historiques, n' aura mis ni beaucoup de soin ni beaucoup d' importance à reproduire le texte avec une rigoureuse exactitude; on en sera presque convaincu, quand
on saura qu' il s' excuse d' employer un tel langage dans la haute discussion qui l' occupe. “Je ne rougirai pas, dit-il, de produire le langage usuel et antique de ces pays, quoique barbare, puisqu' il me fournit une si noble preuve.” (1: “Nec pudebit usualem et antiquam harum regionum sermonem, licet barbarum, proferre, dum tam nobile suppeditat argumentum.” De Prærog. Allod., P. 55.)

Grammaires Romanes.

Les fragments en vers tirés de la vie de cet illustre évêque de Rodez, sont le dernier des monuments de la langue romane que j' ai cru convenable de faire connaître (2: J' ai regretté de ne pouvoir insérer une pièce que je crois appartenir au commencement de l' époque des troubadours.
C' est la Cantinella de La Santa Maria Magdalena, qu' on chantait autrefois à Marseille, et qui commence ainsi:
Allegron si los peccador
Lauzan sancta Maria
Magdalena devotament.
Ella conoc lo sieu error,
Lo mal que fach avia,
Et ac del fuec d' enfer paor
Et mes si en la via;
Per que venguet a salvament.
Allegron si, etc.

Réjouissent soi les pécheurs
En louant sainte Marie
Magdeleine dévotement.
Elle connut la sienne erreur,
Le mal que fait avait,
Et eut du feu d' enfer peur
Et mit soi en la voie;
C' est pourquoi vint à salut.
Réjouissent soi, etc.
Ce cantique contenant vingt-trois couplets, toujours terminés par le refrain
allegron si etc., était chanté, toutes les années, au jour de la seconde fête de pâques, dans la chapelle de sainte Magdeleine, où le chapitre de la cathédrale se rendait en procession. L' illustre évêque de Marseille, M. de Belzunce, supprima l' usage de chanter ces vers.
Ils sont imprimés dans l' almanach historique de Marseille de 1773, mais il m' a paru que le style en a été un peu retouché; comme je n' ai pu me procurer le texte primitif, j' ai cru ne devoir pas insérer cette pièce qui, par son ancienneté, aurait mérité un rang parmi les monuments de la langue romane que j' ai rassemblés.)

et dont la réunion forme une sorte d' introduction à la littérature des troubadours; mais, avant d' expliquer les divers genres de leurs ouvrages, il est indispensable de donner une idée des grammaires et des dictionnaires qu' a possédés cette littérature, à une époque où aucun monument des autres langues de l' Europe latine n' avait encore mérité un rang dans l' estime publique.
Il existe deux
grammaires romanes anciennes. L' une est appelée Donatus Provincialis, Donat Provençal, dont on connaît trois manuscrits, l' un à la bibliothèque Laurenziana à Florence (1: A la fin du manuscrit de la Laurenziana, on lit: “Et hæc de rhythmis dicta sufficiant; non quod plures adhuc nequeant inveniri, sed ad vitandum lectoris fastidium, finem operi meo volo imponere; sciens procul dubio librum meum emulorum vocibus lacerandum quorum esse proprium reprehendere quis ignorat? Sed si quis invidorum in mei presentia hoc opus redarguere præsumpserit, de scientiâ meâ tantum confido, quod ipsum convincam coràm omnibus manifestè. Sciens quod nullus ante me tractatum ita perfectè super his vel ad unguem ita singula declaravit: cujus Ugo nominor qui librum composui precibus Jacobi de Mora et domini Coradi Chuchii de Sterleto, ad dandam doctrinam vulgaris provincialis et ad discernendum verum a falso in dicto vulgare.”
Et au commencement du manuscrit de la bibliothèque Ambroisienne D. n° 465, on lit: “Incipit liber quem composuit Hugo Faidit precibus Jacobi de
Mona et domini Conradi de Sterleto ad dandam doctrinam vulgaris provincialis, ad discernendum inter verum et falsum vulgare.”)

l' autre à la bibliothèque Riccardi dans la même ville, et le troisième à la bibliothèque Ambroisienne à Milan.
Cette grammaire avait été citée par Bastero dans son dictionnaire intitulé: La Crusca Provenzale.
(N. E. Es mucho más que un diccionario. La Crusca Provenzale - Antonio Bastero
Antonio Bastero, catalán. Cito sólo un lugar donde afirma que la
lengua catalana era la misma que el provenzal.
“E tanto più me se ne accese il desiderio, quanto che rifletteva, che noi
Catalani non abbiamo alcuna Gramatica, o Dizionario di questa Lingua, spiegata nel nostro Volgare; ma in questa materia, vaglia il vero, confesso, che siamo stati troppo trascurati, imperciocchè (quel che è peggio) nè pure abbiamo alcuna sorte di libri, o Autori, che per via di regole gramaticali, o altramenti ci 'nsegnino a ben parlare la nostra propia, e naturale, se non se ' l Donatus Provincialis, o chiunque sotto tal nome, e titolo, alludendo a quel Donato, ch' alla prim' arte degnò poner mano scrisse la breve, ed antica Gramatica Provenzale, o Catalana, ch' è tutt' uno, che manoscritta si conserva nella Libreria Medicea Laurenziana, e in Santa Maria del Fiore di Firenze, della quale fanno menzione, e si vagliono della sua autorità i primi Letterati d' Italia (2))

La bibliothèque Laurenziana possède aussi en manuscrit une traduction latine du Donatus Provincialis; et un autre manuscrit de cette traduction se trouve à Paris dans la bibliothèque du Roi, sous le n° 7700.
L' autre grammaire, composée par
Raymond Vidal, est l' exposé de quelques règles grammaticales; et l' auteur indique par des exemples des plus célèbres troubadours, comment elles ont été observées ou négligées. C' est sur-tout aux poëtes qu' il s' adresse:
“Attendu que moi
Raimond Vidal ai vu et connu que peu d' hommes savent et ont su la droite manière de trouver, je compose ce livre, pour faire connaître et savoir lesquels des troubadours ont mieux trouvé et mieux enseigné, et pour l' instruction de ceux qui voudront apprendre comment ils doivent suivre la droite manière de trouver. (1: “Per so quar ieu Raimonz Vidals ai vist et conegut qe pauc d' omes sabon ni an saubuda la dreicha maniera de trobar, voill eu far aqest libre, per far conoisser et saber quals dels trobadors an mielz trobat et mielz ensenhat, ad aqelz q' el volran aprenre, com devon segre la dreicha maniera de trobar.”)
L' un et l' autre ouvrage reconnaissent huit parties d' oraison; ils indiquent la règle qui distingue les sujets et les régimes soit au singulier, soit au pluriel. Dans le Donatus Provincialis sont quelques parties des conjugaisons et une nomenclature considérable de verbes indiqués comme appartenant à l' une de ces conjugaisons.
Mais il y a beaucoup à desirer; les auteurs ne parlent ni des prépositions, ni des degrés de comparaison, ni d' aucune règle de syntaxe, etc. etc.
Ce qui rend le Donatus Provincialis un monument très précieux et très utile, c' est qu' il y est joint un dictionnaire de rimes pour la poésie romane; non seulement il indique un très grand nombre de mots romans, mais encore il présente, dans la plupart des rimes, différentes inflexions des verbes, et toutes les terminaisons qui fournissent les rimes sont distinguées en brèves, Estreit, et en longues, Larg.
De telles circonstances, et plusieurs autres que je ne puis indiquer ici, ne laissent aucun doute sur l' état de perfection et de fixité auquel était parvenue la langue des troubadours, regardée alors comme classique dans l' Europe latine. Et pourrait-on en être surpris quand on voit, pendant les quatre siècles antérieurs, les monuments de cette langue se succéder, sans offrir de variations notables dans les formes grammaticales?

Manuscrits des pièces des troubadours.

J' ai précédemment indiqué (1: Tome I, page 440.) les divers manuscrits où se trouvent les poésies des troubadours qui sont parvenues jusqu' à nous. Je me suis procuré des Fac Simile qui représentent l' écriture de la plupart de ces manuscrits; je me borne à joindre ici la note des renvois aux planches gravées qui sont à la fin de ce volume.

Planche I.

Cette planche offre deux écritures. L' une est celle du manuscrit à la suite duquel a été copié le manuscrit du poëme sur Boece, et l' autre est l' écriture des vers de ce poëme. J' ai déja donné à l' égard de ce manuscrit des détails que je crois suffisants. (2: Ci-dessus, page CXXXI).

Planche II.

I. Manuscrit, grand format in-folio, de la bibliothèque du Roi, n° 2701, jadis de d' Urfé et ensuite de La Vallière; ce manuscrit précieux offre la musique de beaucoup de pièces, et dans la plupart de celles où l' air n' est pas noté, le vélin est réglé et disposé pour recevoir les notes. Il est de 143 feuillets; il contient 989 pièces; chaque pièce commence par une grande lettre ornée de dessins ou ornements coloriés. L' écriture est sur deux colonnes jusqu' au folio 108 inclusivement; depuis le folio 109, l' écriture est tour-à-tour sur trois, quatre, cinq, six, et même sept colonnes. Au verso du folio 135, col. 2, et au folio 136, on trouve une écriture plus moderne, ainsi que dans une partie de la colonne du folio 4. Dans les quatre premiers feuillets sont des notices biographiques sur vingt-sept troubadours. Ce manuscrit est l' un des plus complets; mais il y a beaucoup de fautes dans le texte.
II. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, n° 7225, format in-folio; il est de 199 feuillets, et divisé en trois parties; dans la première sont 651 pièces amoureuses, de 86 troubadours; dans la seconde 52 tensons; la troisième partie contient 159 sirventes, de 46 troubadours. Dix-huit des sirventes de Bertrand de Born sont suivis chacun d' une explication en prose. La première pièce de chaque troubadour commence par une grande lettre dans laquelle il est représenté en miniature coloriée sur un fond d' or; et ses poésies sont précédées d' une notice biographique écrite en encre rouge. On lit que l' une de ces notices, celle de Bernard de Ventadour, a été composée par Hugues de Saint-Cyr, troubadour lui-même. (1: Cette notice biographique est ainsi terminée: “Et ieu 'N Ucs de saint Circ de lui so qu' ieu ai escrit si me contet lo vescoms N Ebles de Ventedorn que fo fils de la vescomtessa qu' En Bernartz amet.”
MS. R. 7225, fol. 26, v°.)
III. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, n° 7226, format in-folio, de 396 feuillets, ayant deux tables, l' une où les pièces sont indiquées sous le nom de leurs auteurs, et l' autre où elles le sont par lettres alphabétiques; il contient des poésies de 155 troubadours, et plusieurs pièces sans nom d' auteur. Ce manuscrit dont les derniers feuillets manquent, est le meilleur de ceux qui sont parvenus jusqu' à nous. Malheureusement il a été lacéré en beaucoup d' endroits, pour prendre les miniatures dessinées en couleur sur un grand nombre des lettres initiales de la première pièce de chaque troubadour; le premier feuillet est presque entièrement coupé.
C' est le manuscrit dont l' orthographe a été ordinairement préférée.
IV. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, n° 7698, de 232 pages, format grand in-4°. Il n' a point de table; jusqu' à la page 188 inclusivement, il contient 362 pièces de 50 troubadours. De la page 189 à la page 210 inclusivement, sont des notices biographiques sur 22 troubadours; de la page 211 jusqu' à la fin, il contient 33 tensons et 13 pièces sans nom d' auteur; il est terminé par deux pièces d' un troubadour connu.
Ce manuscrit, comme le précédent, a été mutilé pour en prendre des vignettes qui n' offraient que des ornements très-ordinaires, à en juger par celles qui restent.
V. MS. de la bibliothèque du Vatican, n° 3205. M. de Sainte-Palaye a jugé que ce MS. était une copie du MS. n° 3794 du Vatican; il contient de plus quelques traductions en italien.
On lit sur le premier feuillet de ce manuscrit FUL. URS., c' est-à-dire Fulvio Orsini, à qui il a sans doute appartenu.

Planche III.

I. Ce manuscrit coté n° 3794 est de format in-4°, de 268 feuillets.
Jusqu' au folio 206 inclusivement, il contient des pièces amoureuses, de 51 troubadours; du folio 207 au folio 247, sont 83 sirventes, suivis de 5 descorts et de 27 tensons qui terminent le manuscrit.
Ce manuscrit très bien conservé a peu de vignettes; on y voit quelques notes marginales en italien.
II. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, ancien n° 3204, format in-folio, de 185 feuillets.
Ce manuscrit paraît être une copie du n° 7225 de la même bibliothèque; les vignettes sont plus grandes, et le dessin n' en est point pareil.
Il est moins complet que le n° 7225. Celui-ci contient, aux folios 149 v° et 150, une pièce du roi d' Aragon, avec la réponse de Pierre Salvaire, ainsi que des couplets du comte de Foix qui ne sont pas dans l' autre manuscrit; il en est de même d' une tenson licencieuse entre le seigneur Montan et une Dame; cette tenson se trouve au folio 163 du n° 7225.
L' écriture de ces pièces est identiquement la même que celle des autres poésies du manuscrit, circonstance qui doit le faire regarder comme l' original du manuscrit 3204; ce dernier est terminé par deux pièces sans nom d' auteur, qui ne sont pas dans le n° 7225; mais elles ont été ajoutées très postérieurement, et l' écriture en est moderne.
Ce manuscrit, ancien n° 3204, contient plusieurs notes marginales de Pétrarque et du Cardinal Bembo, comme l' atteste le passage suivant, en écriture moderne, qu' on lit au verso du feuillet en papier qui précède la table: “Poesie di cento venti poeti provenzali tocco nelle margini di mano del Petrarca et del Bembo.” Et à la suite de cette note est écrit de la même main FUL. URS., ce qui permet de présumer que la note est de Fulvio Orsino (Orsini), à qui ce manuscrit a sans doute appartenu.

III. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, n° 1091 supplément, jadis de Caumont; format in-8°, de 280 feuillets.
Les 68 premiers feuillets contiennent une partie du roman de Merlin en français. Au verso du feuillet 68, commencent les pièces en langue romane.
Au feuillet 89, le texte est d' une écriture plus ancienne et plus belle jusqu' au feuillet 111, après lequel l' écriture est à-peu-près la même qu' au commencement du texte qui est difficile à lire et très-souvent fautif.
Ce manuscrit n' a point de table.

IV. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, n° 7614, format in-4°, de 119 feuillets, très bien conservé, sans vignettes; on y trouve des notices biographiques, en tête des pièces de chaque troubadour: ces notices sont en encre rouge.
Il contient 187 pièces amoureuses, de 34 troubadours, et 18 sirventes. La table indique 21 tensons qui ne sont pas dans le manuscrit, et qui en ont sans doute été arrachées avant la reliure, qui est très moderne.

V. Ce manuscrit était autrefois dans la bibliothèque de M. Mac-Carty à Toulouse. Il est de format in-4°, composé de plusieurs cahiers réunis, et dont l' écriture n' est pas la même. On trouve quelquefois aux marges des figures coloriées qui ont rapport aux passages à côté desquels elles sont placées.
Le texte, quoique souvent fautif, fournit des variantes très utiles.
(1: Il a été acquis en 1816 par M. Richard Heber de Londres, lors de la vente de la bibliothèque Mac-Carty. M. Heber m' a permis de le garder pendant tout le temps nécessaire pour y prendre les variantes et les pièces qui pouvaient m' être utiles.)

VI. Manuscrit cod. 43, plut. XLI de la bibliothèque Laurenziana à Florence, de 142 feuillets, format petit in-4°, avec les initiales coloriées et les titres en rouge. Il est de l' ancien fonds de la bibliothèque Médicis.

Planche IV.

I. Manuscrit qui se trouve à Londres dans la bibliothèque de sir Francis Douce. (2: Je n' avais vu de ce manuscrit que deux copies modernes, lorsque j' ai appris que l' original était dans la bibliothèque de sir Francis Douce. Il a bien voulu me le faire passer en France, et je l' ai gardé pendant quelques mois.)
Il est de format in-8°. Ce manuscrit avait appartenu à Peiresc; il contient 126 feuillets.

II. Manuscrit du Vatican 3206. C' est le plus ancien manuscrit des troubadours qui se trouve à Rome. Il est en très petit format.

III. Manuscrit du Vatican 3207; il est de 134 feuillets, format in-4°.
Il contient des notices biographiques sur plusieurs troubadours, écrites en encre rouge.

IV. Manuscrit du Vatican n° 3208, de 96 pages, format in-folio. Une note placée au haut de la première page apprend qu' il a appartenu à Fulvio Orsino.
V. Manuscrit du Vatican n° 5232, format grand in-folio (1: On croit que le manuscrit de la Saïbante à Vérone, coté n° 410, est une copie de ce manuscrit, en tête duquel on lit le procès-verbal qui suit:
“Il libro de' poeti provenzali del sig
e Aldo era tanto celebrato da lui et dal sige cavalier Salviati, che il sige Aluise Mocenigo si mosse a volerlo vedere, et conferire col suo, che hora si trova in potere del sige Fulvio Orsino. Et si trovo molto inferiore al suo, et di diligenza et di copia di poesie; di poeti non mi ricordo, ma di poesie certo. Nella corretione non v' era comparazione, per quel poco di prova che se ne fece in alcuni versi, et nelle vite de' poeti scritte con rosso, le quali parevano abbreviate in alcuni luoghi. Il volume ben e piu grosso, per essere scritto di lettera tondotta piu tosto italiana che francese o provenzale. Et hæc acta sunt presente me notario specialiter rogato del sige Mocenigo, nel portico da basso d' esso sige Aldo, essendovi anco alcuni Bolognesi hospiti, venuti alla scensa.”). Les lettres initiales des pièces offrent des miniatures représentant des troubadours. Il contient des notices biographiques.

VI. Manuscrit n° 42, plut. XLI de la bibliothèque Laurenziana à Florence, de 92 feuillets, à deux colonnes, format in-4°, très bien conservé, avec les titres et les initiales en rouge. Il vient de l' ancien fonds de la bibliothèque de Médicis.

VII. Manuscrit n° 26 de la bibliothèque Laurenziana, format in-4°, de 90 feuillets, belle écriture et belle conservation. Il avait d' abord appartenu à Benedetto Varchi, et ensuite à Carolo Strozzi.


Après avoir indiqué les monuments qui nous restent de la littérature romane, et les divers manuscrits des poésies des troubadours que j' ai consultés, je regarde comme un devoir d' exprimer ma reconnaissance envers les personnes qui ont secondé mes recherches et mes travaux.

Je dois au zèle bienveillant de M. Le comte de Blacas, ambassadeur de France à Rome, une copie de toutes les pièces des manuscrits du Vatican dont j' ai eu besoin, les fac-simile de l' écriture de ces manuscrits, et plusieurs renseignements que m' a procurés une correspondance suivie, qu' il a bien voulu entretenir avec moi. Ce n' est pas seulement comme héritier d' un nom honorablement célèbre dans l' histoire des troubadours, que M. Le comte de Blacas m' a accordé le vif intérêt dont j' ai obtenu des témoignages réitérés; ses connaissances philologiques, son goût éclairé, eussent suffi pour exciter cet intérêt en faveur d' une collection qu' il regarde comme un monument de la littérature nationale. C' est avec une vraie satisfaction que je consigne l' hommage de ma reconnaissance dans l' ouvrage même qui devra à ses bons offices une partie du succès qu' il pourra obtenir.
M. Amati, bibliothécaire du Vatican, a mis autant d' activité que d' intelligence à faire la copie des poésies des troubadours qui m' était destinée, et à la conférer avec les divers manuscrits de la célèbre bibliothèque confiée à ses soins.
J' ai à remercier pareillement M. François del Furia, bibliothécaire de la Laurenziana à Florence.
Précédemment j' ai eu occasion de dire combien je suis redevable à M. Septier, bibliothécaire à Orléans, et à M. Favre-Bertrand de Genève.
M. Fauris de Saint-Vincent m' a fourni toutes les pièces et toutes les notices qu' il a trouvées dans le précieux cabinet qu' il possède à Aix.
MM. Dacier, Langlès, et Gail, conservateurs des manuscrits de la bibliothèque du Roi, ont mis la plus grande obligeance à me communiquer les manuscrits et les renseignements qui pouvaient m' être utiles; la bienveillance accoutumée avec laquelle ils accueillent tous les gens de lettres a été pour moi plus particulière; elle est devenue un nouveau gage de leur estime et de leur amitié.
M. Méon, employé aux manuscrits du moyen âge, m' a donné plusieurs preuves de son zèle pour notre ancienne littérature, et de l' intérêt qu' il prend au succès de cette collection.
J' ai regretté que la distance des lieux ne m' ait permis que de traiter par correspondance divers points avec M. de Rochegude, ancien contre-amiral, résidant à Albi. Il publiera bientôt un recueil intitulé:
Le Parnasse Occitanien.
De tous les étrangers avec lesquels j' ai parlé de la littérature romane, M. A. W. de Schlegel est celui qui m' a paru l' avoir étudiée avec le plus de succès. Il a entrepris un essai historique sur la formation de la langue française; je ne doute pas qu' on n' y trouve et beaucoup d' érudition et beaucoup d' esprit.
Je remercie M. Firmin Didot du zèle actif et persévérant qu' il met à diriger l' impression de cette collection; grammairien exercé, littérateur distingué, il a réussi bientôt à connaître la langue romane.
M.
Fauriel, qui prépare un ouvrage sur la littérature provençale, m' a communiqué quelques-unes de ses propres recherches; j' ai eu par-fois à examiner avec lui des difficultés, et j' ai été toujours rassuré, quand mes opinions ont été d' accord avec les siennes: je l' invite à terminer et à publier cet ouvrage dont j' ose prédire l' utilité et le succès.
Enfin je nomme, avec amitié et reconnaissance, M. Pellissier, qui, depuis cinq ans, étant occupé auprès de moi à travailler sur la langue romane et sur les poésies des troubadours, est facilement parvenu à entendre la langue, à juger les auteurs, à déchiffrer et à conférer les manuscrits: il sera désormais pour moi un zélé, un savant collaborateur.

domingo, 27 de agosto de 2023

I. Canto de Lelo o de los Cántabros

I. 

Canto de Lelo o de los Cántabros.

Entre los monumentos literarios que se conservan en lengua euskara no hay ninguno que haya alcanzado la justa celebridad del Canto de Lelo, que ha dado origen a grandes controversias así entre los más notables escritores del país como entre los extraños que se han ocupado más o menos de las cosas de la tierra vascongada. 

Este canto, cuya antigüedad se hace remontar a los primeros años que siguieron a la guerra cantábrica, y que ha permanecido ignorado hasta que en 1817 lo dio a conocer el sabio Guillermo de Humboldt en sus Adiciones al artículo del Mitridates de Vater sobre la lengua vascongada (1) reúne a su vetustez una innegable importancia histórica y filológica, y de ahí que haya sido objeto de tan detenido análisis, y que se hayan 


(1) Berichtigungen und Zusätze zum erstem Abschnitte des zweyten (zweiten) Bandes des Mitrhidates über die Cantabrische oder Baskische Sprache, von Wilhelm von Humboldt. Berlin, 1817. In der Vessischen Buchhandlung. - En 8.° de 93 páginas. - (Páginas 84-89.) - "Correcciones y adiciones a la primera sección del segundo volumen de la obra intitulada, “El Mitridates, sobre la lengua cantábrica o vascongada."

ocupado de él con más o menos extensión en este siglo escritores de tanta valía como el ya citado Humboldt, Moguel, Fauriel, Chaho, Marrast, Abbadie, Aizquibel, Michel, Araquistain, Trueba y otros muchos.

¿Cuál es el origen de este canto? ¿cuál su data?

¿Cómo, dónde o cuándo ha sido hallado?

He aquí las primeras preguntas a que es preciso contestar antes de entrar en el análisis de esta importantísima composición.

Existía en Vizcaya a fines del siglo XVI un escribano de Zornoza llamado Juan Íñiguez de Ibargüen, (1: Este es su verdadero nombre y no Ibáñez de Ibargüen, como le han apellidado al citarlo Lafuente, Michel, Rodríguez Ferrer y otros escritores) muy aficionado a los estudios históricos, el cual iba reuniendo con el título de Crónica general de España y sumaria de Vizcaya, una gran colección de memorias y papeles curiosos, que en 1588 formaban ya hasta ciento ochenta y cuatro cuadernos distribuidos en tres libros, cuyos originales, aunque incompletos y muy estropeados por la acción del tiempo y por las vicisitudes que han corrido, se conservan aún hoy en la antigua casa de D. Federico Mugártegui, de Marquina.

Comisionado por Vizcaya, Íñiguez de Ibargüen recorrió en busca de datos útiles al país y principalmente de noticias de armas de las casas solares del Señorío, los archivos de San Pedro de Cardeña, de Oviedo, San Juan de Lausame (Lausanne), de Galicia, Santa María la Real, de 

Nájera, Valladolid, Simancas, y otros, y en este último, a donde marchó acompañado de otro sujeto muy instruido, expresamente enviado por el Señorío, que sospechaba se trasladaron a los archivos castellanos importantes documentos de Vizcaya, después de su incorporación a Castilla en 1371, halló el escribano de Zornoza un pergamino, que por su estado acusaba una gran antigüedad, y que contenía varios versos vascongados, harto oscuros unos, del todo ilegibles otros.

Íñiguez de Ibargüen examinó detenidamente aquel interesante documento, copió de él todo lo que podía leerse, y los versos que contenía, acompañados de una traducción todo lo fiel que se le alcanzó, los incluyó en el cuaderno 71 de su Crónica, inédita aún en nuestros días. A principios de este siglo, allá por los años 1800 a 1804, comisionado por la Real Academia de Berlín pasó a París el sabio Guillermo de Humboldt, con objeto de practicar algunas investigaciones filológicas; tuvo ocasión de examinar en la Biblioteca imperial una traducción en lengua euskara de la Biblia, (1: Probablemente el Nuevo Testamento traducido por Jean de Leizarraga, de Briscous, impreso en la Rochela, en casa de Pierre Hautin; en 1571) varias oraciones, y otros trabajos en vascuence, y sospechando que esta lengua podría quizás servirle de mucho en sus estudios, adquirió el Diccionario trilingüe del P. Larramendi y otras obras que halló a mano, pero no satisfecho con esto se decidió a venir en persona al territorio vascongado, donde pudiera oír hablar el euskara y tratar con personas versadas en su conocimiento.

Llegó a San Sebastián, y desde esta Ciudad el ilustre Conde de Peñaflorida lo dirigió a Marquina, y de allí pasó a Durango, en donde conoció al Presbítero Beneficiado de aquella iglesia y notable vascófilo D. Pedro Pablo de Astarloa.

Intimado con este y con el no menos distinguido Presbítero D. Juan Antonio de Moguel, con quienes trabó estrecha amistad, el sabio alemán pasó algún tiempo en Vizcaya, llegó a adquirir grandes conocimientos en la lengua euskara, cuya admirable estructura y mecanismo llamaron extraordinariamente su atención, y en esta excursión tuvo noticia y ocasión de examinar el célebre canto salvado por Íñiguez de Ibargüen, que pocos años después dio a conocer al mundo científico en sus Adiciones al Mitridates. Tal es el origen de este documento, cuyo autor y procedencia se ignoran, pues aunque se conoce que Íñiguez de Ibargüen indicaba en su Crónica manuscrita de donde lo sacó, cabalmente el cuaderno que lo contiene es de los que se hallan en peor estado, y falta justamente un gran pedazo a la hoja donde parece correspondían dichos datos. Se ha culpado a Íñiguez de Ibargüen de desidioso, o cuando menos de poco curioso por no haber reproducido íntegro dicho viejo pergamino, y justo es librarle de tal acusación, pues el diligente escribano de Zornoza hizo cuanto pudo de su parte, salvando de aquel importante documento todo aquello que alcanzó a descifrar.

En justificación de ello me valdré de sus propias palabras tomadas literalmente del citado cuaderno 71 de su Crónica manuscrita, que como dejo dicho se conserva aún en Marquina.

“Por este orden referidas - dice después de reproducir textualmente las diez y seis estrofas que nos ha legado del citado canto - yba este cantar contando toda esta historia que habemos dicho atrás en este capítulo de las guerras civiles que en cinco años Octaviano César Augusto hizo en esta Provincia Cantábrica, y aunque esta hereciat (1) tenga otros muy muchos versos rodados tan solamente dellos he tomado los diez e seis primeros, porque los demás estaban carcomidos, y los pongo aquí para el que fuere bascongado, contentándome con solo ellos ebitando largueza importuna de los demás, que el pergamino está muy roñoso e viejo."  

(1) A este canto y otros semejantes se designaba con el nombre de eresiac, voz que según el mismo Ibargüen “quiere tanto decir como cantar de historia verdadera."

La voz eresia se emplea ya hoy con alguna más amplitud en los diversos dialectos, usándose en el concepto general de narración histórica, leyenda o cuento triste. 

Sentados estos antecedentes, cúmpleme ya entrar en el análisis detenido de esta composición y en el examen de su fondo así como de su forma poética.

El Canto de Lelo es un resumen de la guerra cántabro-romana.

El poeta describe esta titánica lucha, con señas de ser la de Augusto, de haber durado cinco años con cerco de mar y tierra; niega a los romanos el triunfo o la victoria completa en estas montañas como lo lograron en los llanos; atribuye tal fortuna por parte de los vascos a su indomable valor, a lo fragoso de los bosques en donde combatían, y a la facilidad que hallaban para sus retiradas, y asienta que al fin se ajustaron las paces amigablemente, dándose el lado y no abatiéndose, que era cuanto humanamente podía pedirse a un exiguo número de combatientes contra ejércitos enteros, mejor provistos de armas y de víveres.

Tal es el argumento de esta composición, cuyos hechos se refieren como si acabaran de suceder, haciendo suponerla así de una remotísima antigüedad. Ha llamado principalmente la atención en este canto su estrofa primera, que la mayor parte de los escritores juzgan ajena al resto de la composición, y cuya interpretación, verdadero tormento para los comentadores, ha dado origen a numerosas conjeturas y a las más extrañas versiones.

"La primera estrofa - dice Humboldt en sus ya citadas Adiciones al Mitridates - se refiere a una tradición que Ibargüen cuenta y que corrobora con el testimonio de una obra antigua. Lelo era un hombre de mucha fama en Vizcaya. Durante la campaña que se vio obligado a hacer fuera de su país, su esposa Tota (: Toda) tuvo una intriga amorosa con un tal Zara, de cuyas resultas quedó encinta. Lelo volvió y los dos amantes se unieron para quitarle la vida. Este asesinato se realizó, pero el atentado fue descubierto y quedó resuelto en una asamblea del pueblo que los dos adúlteros fueran desterrados del país, y que al principio de cada canto se hiciera mención del desgraciado Lelo. (1: El distinguido literato guipuzcoano D. Juan Venancio de Araquistain ha escrito sobre esta tradición popular su preciosa leyenda Léhloh, que forma parte de un Legendario popular dado a luz en los folletines de La Correspondencia Vascongada, periódico publicado de 1869 a 1870 en Bilbao por los Sres. D. Juan E. Delmas y D. Antonio de Trueba.

Las personas de edad - añade - se acuerdan aún en efecto de un aire, cuyo estribillo decía:

Leluan lelo En Lelo, Lelo

Leluan dot gogo. En Lelo, yo pienso, 

y el proverbio bascongado Bethico Leloa, el eterno Lelo, del cual se sirve contra la repetición muy frecuente de una misma cosa, parece referirse a esta tradición." 

Mr. Fauriel (1) se hace eco casi en idénticos términos de esta tradición, de un extraño parecido con la de Agamenón, y afirma también que la asamblea del pueblo reunida inmediatamente después del asesinato del sobremanera querido Lelo acordó la expulsión del país de los culpables, y que todos los cantos nacionales se encabezaran en lo sucesivo con una estrofa en que se lamentara tan gran desgracia, para honrar así la memoria del valiente jefe cántabro y perpetuar el sentimiento de su muerte.

"Por singular que pueda parecer esta historia, - añade - hay un proverbio basco que se refiere a ella y parece atestiguar, si no su verdad al menos su popularidad.

"Bethico Leloa, esto es, eterno como Lelo, dícese de toda cosa muy repetida."

Por su parte M. Michel (2) cita dos composiciones de la colección de poesías vascongadas de Bernardo de Echepare, publicadas en Burdeos en 1515, en las que se encuentra repetido el mismo estribillo de Lelo.

En efecto, en la última estrofa de la que lleva por título Potaren Galdacia (la petición del beso), se lee un verso que dice:

Eta Lelori, bay Lelo, pota franco, vercia nego... 

y que ha sido traducido por M. Archu: “Oui, je donnerai á Lelo, á mon Lelo, des baisers à profusion, mais qu' il ne touche pas au reste...”

La segunda composición citada que es una Sautrela o paso de danza, (3) termina así:

(1) Histoire de la Gaule meridional sous la domination des conquérants germains, tomo II, apéndice número III.

(2) Le Pays Basque, páginas 229 y 230.

(3) Véase tomo II (serie I) del Cancionero, páginas 10 a 15. 

Etay Lelori, bai Lelo, Leloa zaray, Leloa. 

(Y he aquí a Lelo, sí Lelo, tú eres Lelo, Lelo.)

La palabra Lelua, tomada indudablemente del nombre del famoso jefe cántabro, ha pasado también al lenguaje con la significación de canto, refrán, (lelua, leloa) o sonsonete continuo, (bethico lelua), y así se ve usada por Oihenart (1) y Moguel. (2)

Todos estos datos corroboran, en mi sentir de una manera indudable, la existencia de la popular tradición y su remotísima antigüedad, dando por otra parte todos los visos de verosimilitud a la existencia de Lelo y a su trágico fin.

Ha habido, sin embargo, algunos escritores que huyendo de esta interpretación, en mi humilde opinión natural y lógica, a la tan controvertida estrofa primera del Canto de Lelo, se han metido en el terreno de las conjeturas y han torturado su fantasía para hallarle distinta explicación, ofreciendo como resultado de sus desvelos las más extrañas versiones.

En este caso se cuentan Chaho, Aizquibel, Michel, y otros laboriosos  e ilustrados vascófilos.

Agustín Chaho, (3) después de convenir en que todos los cantos euskaros antiguos comenzaban con la estrofa que encabeza el descubierto por Ibargüen, añade:

(1) Entre los Proverbios Bascos de este escritor, impresos por vez primera en París en 1657, aparece con el número 189 el siguiente:

Gueroa alferraren Leloa, que equivale a “El después (o el mañana) es el continuo refrán o la canción del perezoso.”

(2) Vocabulario con que termina su notable obra inédita "El doctor Peru Abarca."

(3) Histoire primitive des Euskariens-basques; langue, poesie, moeurs, et carácter de ce peuple. - Introduction á son histoire (,) Bayona, 1847. Tres volúmenes en 8.° mayor. 

"Los comentadores han tenido la ocurrencia de convertir a este Lelo en un Agamenón vizcaíno, a quien un tal Zara mató en un acceso de celos; pero no han considerado que un hecho tan vulgar no merecía que se diese una consagración secular al citado estribillo. Sobre todo no han parado la atención en que ese pretendido nombre de Lelo en cuatro letras lleva dos veces el artículo sufijo que la declinación euskaro-cántabra no usa nunca en los nombres propios.

Lelo, leloa, no puede ser, por consecuencia, un nombre propio de hombre, como tampoco puede serlo la palabra Zara.

Lelo, leloa, significa aquí la gloria, la fama, el lustro de la nacionalidad ibérica, como Zara designa la antigüedad, la vetustez.

Este texto, que ha dado la vuelta por Europa desde que Humboldt le prestó el apoyo de su autoridad científica, ha sido, pues, mal traducido hasta aquí. La traducción debía ser:

¡Acabó la gloria! ¡Murió la gloria, nuestra gloria! 

¡La vejez ha dejado perecer la gloria (,) nuestra gloria!”

Ni el hecho de la muerte de Lelo me parece tan vulgar como supone el Sr. Chaho, tratándose como se trata de un héroe de tan relevantes condiciones y tan querido como la tradición nos presenta a Lelo; ni las razones gramaticales en que el benemérito y desventurado escritor euskaro apoya su opinión son, en mi humilde sentir, tan concluyentes como pretende, ni, por último, me satisface la interpretación dada a la estrofa en cuestión ni la hallo siquiera ni remotamente verosímil.

Además, y aun suponiendo que quisiera aceptarse la versión de M. Chaho como la más exacta sería preciso enseguida volver a interpretarla para saber cuál pudo ser el origen, cuáles las causas de que se aceptara esa estrofa como estribillo común con el que se encabezaran todos los antiguos cantos euskaros, como reconoce el mismo escritor respecto a la que inicia el Canto de Lelo, y sabe Dios a dónde se iría a parar al cabo de tantas interpretaciones y de tantos comentarios.

Finalmente, y como manifiesta muy bien el señor Trueba, (1: El Canto de Lelo. Artículo publicado en la Ilustración española y americana. Año XIV. N.° VII, correspondiente al 25 de marzo de 1870, páginas 91 a 94.) 

algo dicen también y alguna autoridad merecen el constante testimonio de la tradición, y la unánime opinión de la crítica que dicen ser el nombre de Lelo el de un héroe popular muerto por un joven llamado Zara.

Más peregrina aun, y no menos infundada, me parece la opinión de Aizquibel, que he tenido ocasión de ver en unos apuntes manuscritos e inéditos sobre literatura bascongada, de puño y letra de este distinguido y laboriosísimo escritor.

“Yo creo – dice – que en lugar de aquella canción que cantan las nodrizas para adormentar (2: Verbo anticuado al que ha sustituido en nuestros días el equivalente adormecer) los niños, que empieza así:

Lua, lua, lua,

Lo, lo, lo, 

Gure umea

Lo dago, etc.,

inventó algún poeta del tiempo del Doctor Cachupin (1) para hacerla puramente vizcaína, pues en Guipúzcoa no he oído más que el tonillo de las nodrizas y niñeras con unos cuantos versos que varían según las épocas, con la tonadilla arriba puesta, que se repite al fin de cada verso." (2) 

En mi humilde opinión, la popular canción o estribillo que cita Aizquibel, por mucha que sea su antigüedad, no data de tan larga fecha como el Canto de Lelo, ni aun quizás de la época en que este fue hallado por 

Íñiguez de Ibargüen, y no veo tampoco analogía alguna entre ambos, por más que se pretenda traerla por los cabellos.

El ilustrado catedrático de la Universidad de Burdeos, M. Francisco Michel, ha querido también echar su cuarto a espadas en el asunto, (3) y ha acudido nada menos que al Romancero español, tratando de hallar en él explicación a la enigmática estrofa.

(1) Hay quien supone que este doctor Cachupin sea quizás el autor o el rebuscador al menos del Canto de Lelo, fundándose en las siguientes lineas que acerca de él se leen en el cuaderno 65 de la Crónica manuscrita de Íñiguez de Ibargüen:

"...y el mismo Doctor Cachopin (: Cachupin) da fée deciendo haber visto cerca de lo arriba dicho y de otras muchas antigüedades desta Vizcaya algunos papeles instrumentos y scripturas auténticas y de mucha fée e crédito antiquísimas, scriptas algunas dellas en su lengua bascongada y otras en latín correcto y otras en latín perfecto y natural y en cueros de animales curados y también ttosas y cortezas de árboles adobadas y sus letras y caracteres aunque con grande trabajo y dificultad se acabaron de leher y se dejaron bien entender..."

El mismo Íñiguez de Ibargüen cita en su obra entre los que se han ocupado de antigüedades y casas armeras de Vizcaya al Doctor García Fernández Cachopin.

(2) Al final de cada estrofa debe decir indudablemente, por más que esta confusión de términos sea harto común.

(3) Le Pays Basque, p. 230. 

Sin negar la verosimilitud de la antiquísima tradición relativa a Lelo, cuéstale trabajo el creer que la primera copla del histórico canto haga relación a esta particularidad, y expone su opinión sobre ella en estos términos: 

"En mi sentir, lelo il lelo... etc., no es otra cosa que un refrán, una especie de flon-flon, de trá lá lá, derivado del español hélo (he aquí), por el que comienza aquel antiguo romance:

¡Hélo, hélo, por do viene

el infante vengador

caballero á la gineta

en caballo corredor... "

En mi pobre concepto, la interpretación de Michel es tan infundada como las dos anteriores, y más absurda aún que aquellas, y después de haberlas visto todas me corroboro aún más en la interpretación de esta tan zarandeada estrofa admitida por Íñiguez de Ibargüen, Humboldt, Fauriel, Moguel, Trueba, y otros muchos escritores, que ante estas otras caprichosas versiones, nacidas de la torturada imaginación de sus autores, me parece más natural, más lógica, y sobre todo más exacta y verosímil. 

Pero no es esta sola estrofa, origen de tantas controversias, el único punto oscuro del Canto de Lelo. Todavía quedan en él uno que otro pasaje oscuro, y alguna palabra de significación no bien definida, a pesar del detenido análisis y del serio estudio de que ha sido objeto por parte de la mayoría de los vascófilos, y muy especialmente del venerable y erudito cura de Marquina D. Juan Antonio de Moguel, cuyos trabajos han aclarado muchos puntos antes dudosos.

El lenguaje de este fragmento es rudo y verdaderamente primitivo, abundante en arcaísmos y en voces perdidas ya y totalmente desconocidas; se nota una gran concisión y dureza en la construcción de las frases; faltan casi todos los verbos de enlace, y el tono general que en él domina muestra, en fin, un carácter de originalidad especial.

Las solas alegorías que existen, en número de dos, y que pueden verse en las estrofas XII y XVI, son de una extremada sencillez, y aun puede decirse que tan pobres de ideas, que cualquier poeta de época más reciente se hubiera desdeñado de usarlas.

El vascuence denota una gran antigüedad, y las voces en él empleadas son puramente euskaras, y exentas de toda mezcla extraña.

El canto entero se halla escrito en estrofas cortas de a cuatro versos, sin que se note en él verdadera rima, aunque por casualidad se encuentran dos en las estrofas V y VI, y aun también en la XII, y dos asonancias en la II y VIII. El último verso de cada estrofa que termina siempre en a, y solamente una vez en ac, da no obstante al conjunto algo que sabe a rima y cierta armonía musical.

Los tres primeros versos de cada estrofa, salvo contadas excepciones resultado quizás de defectos de copia, son de a cinco sílabas, y el cuarto de a tres y formado en casi todas ellas por una sola palabra trisílaba, reúne los versos de cada estrofa, y separa a estas unas de otras de una manera agradable al oído.

Todo, en fin, revela en este canto, que muestra bajo sus diversos aspectos un sabor y un carácter verdaderamente primitivos, un sello de vetustez y de gran antigüedad.

Como sucede, sin embargo, con todos los documentos de esta índole, no ha faltado quien haya dudado de su autenticidad, o a lo menos quien le ha supuesto de una fecha mucho más reciente de la que se ha señalado como origen a esta composición.

Varios son los escritores que han manifestado su opinión en este sentido; no obstante, son tan escasas como débiles la mayor parte de las razones que han expuesto en pro de esta tesis, y apenas si merecen una seria refutación.

En todas las cuestiones ha sido siempre y es tan fácil negar, cuanto es difícil probar de una manera sólida o incuestionable la fuerza de las razones en que se apoya la negación, y esto mismo sucede, en mi concepto, con las objeciones presentadas contra la autenticidad del Canto de Lelo.

Entre los argumentos de más peso que se han expuesto, se cuenta el relativo a la palabra Vizcaya que en él se emplea, y que no aparece en la historia hasta época muy posterior a la de la guerra cantábrica; duda mostrada primeramente por Humboldt en sus "Correcciones y Adiciones al Mitridates", y reproducida después por la mayor parte de los que consideran apócrifa dicha composición.

La razón, empero, no me parece ni tan sólida ni tan convincente como puede creerse a primera vista; pues, si bien es cierto que el nombre de Vizcaya o Bizcaya, como quiera escribirse (Bizcaia), así como también los de Guipúzcoa y Álava, no se encuentran en las obras de los historiadores antiguos hasta época posterior a la de la entrada de los árabes en España, posible es también, y más que posible, que esos nombres privativos del país sólo estuvieran en uso entre sus habitantes sin que llegaran a noticia de los extraños, como ha sucedido con otros muchos de la tierra euskara. De esta opinión participa el sabio jesuita y eruditísimo vascófilo P. Manuel de Larramendi, que tratando de la materia expone su juicio en estos términos en las páginas 111 a 113 de su notable Discurso Histórico sobre la antigua famosa Cantabria: (1: Madrid, 1736. imprenta de Juan de Zúñiga. Un tomo en 8.° de 420 páginas, más 38 de Prólogo, aprobaciones y demás, y seis al final de Tablas.) 

"Viniendo en particular a los nombres de Bizcaya, Guipuzcoa y Alaba, puede dudarse, si desde el principio de su población tuvieron las tres Provincias essos nombres proprios de su lengua: o no siendo assi, en 

qué tiempo se les impusieron? El tiempo en que empiezan a oírse en nuestras Historias, es mucho después que entraron los Moros en España. Pero es cierto, que no se pusieron entonces los nombres de Bizcaya, Guipúzcoa y Alaba: lo primero, porque los Historiadores no los inventaron, antes escribieron los que ya tenían entonces las tres Provincias. Lo segundo, no se halla razón ni sucesso, por el cual se pusiessen esos nombres como nuevos, ni que los Bascongados tuviessen algún acuerdo de ponerlos entonces. 

Según esto ya las tres Provincias tenían esos nombres en tiempos de Godos, y aun de los Romanos: y es lo que se debe decir, añadiendo, que en aquellos tiempos estaban en uso sólo entre los Naturales, no haviendo llegado a la noticia de los Estraños, como ha sucedido con otros muchos nombres; y que los Antrigones, Caristos y Vardulos eran segundos nombres conocidos de los Historiadores y Geógrafos antiguos, y por esso variados, mal escritos, y pronunciados; quando al contrario los de Bizcaya, Guipuzcoa y Alaba se han conservado incorruptos, y significativos entre los Bascongados, por haberse usado sólo entre ellos, que conocen, y saben su significado y energía."

¿Quién, fuera del país, conoce aun en nuestros días por sus nombres euskaros y privativos las localidades de San Sebastián, Pamplona, Fuenterrabía, Irún, y otras muchas?

¿Cuántos son, por ejemplo, los que saben que San Sebastián tiene su propio nombre vascongado Donostia, Pamplona Iruña, Fuenterrabía Ondarrabia e Irún Uranzu o Iranzu?

¿Cuántos escritores extraños al país designan a la lengua vascongada con su propio nombre de euskara o euskera?

Pues si esto sucede aún hoy, que los conocimientos generales están mucho más desarrollados que en otras épocas, y los medios de publicidad son tantos, tan rápidos y tan variados, ¿qué de extrañar tiene que en aquellos tiempos los escritores extranjeros designaran a Bizcaya con otro nombre que este, aunque fuera el propio y el común empleado por sus naturales? Ese argumento, pues, presentado por diversos escritores poco menos que como irrefutable contra la autenticidad del Canto de Lelo, no tiene para mí la solidez ni la fuerza que se le ha supuesto. 

El que el documento en cuestión haya permanecido oculto o ignorado durante tantos siglos, nada atestigua tampoco en contra de su legitimidad; pues no es este el primer caso de análoga índole que se presenta en el campo de las letras.

Mientras no se den, pues, pruebas más sólidas de su falsedad, y no las he visto empleadas por nadie hasta el día; mientras no se justifique con argumentos irrebatibles, la acusación de impostura que en este caso habría que arrojar sobre el escribano de Zornoza Don Juan Íñiguez de Ibargüen, que nos da de él la primera noticia y certifica su origen, el Canto de Lelo será para mí un documento de indudable legitimidad y de autoridad irrecusable.

En favor de esta tesis existe todavía otra razón:

Si este documento ha sido forjado por Ibáñez (Íñiguez) de Ibargüen u otro de sus contemporáneos o antecesores, ¿cómo no pudieron estos - como arguye muy bien Moguel, - (1) darnos una exposición clara del mismo? ¿dónde hallaron o de dónde sacaron tales voces hace cerca de tres siglos?

(1) Carta a D. José Vargas Ponce, fechada en Marquina a 30 de marzo de 1802, y publicada por la Academia de la Historia en el tomo VII de su Memorial histórico español, (Madrid, 1854), páginas 720-722. 

El mismo Humboldt, aun en medio de la duda suscitada por la presencia en el canto de la palabra Vizcaya, no ha podido menos de afirmar que, "no obstante, es siempre seguro que, tanto por su lenguaje como por su versificación este aire parece mucho más antiguo que todos los poemas españoles más antiguos que nos son conocidos."

Todos estos datos bastan a demostrar la verdadera importancia histórica, filológica y literaria de este documento, y a justificar la extensión de estos apuntes críticos.

He aquí ya ahora, en primer lugar este importantísimo fragmento, literal y escrupulosamente copiado hasta con sus propios errores, de la Crónica manuscrita de Íñiguez de Ibargüen, y seguido de una traducción en prosa castellana, todo lo exacta que me es dado hacer: y a continuación el mismo canto reproducido con las rectificaciones necesarias, a mi leal entender, acompañada de una versión algo más libre y más poética hecha con gran habilidad por el popular poeta D. Antonio de Trueba, e ilustrada con numerosas notas filológicas y gramaticales:


Canto de Lelo.

Texto literal reproducido de la Crónica de Ibargüen. 


"V. 1 

lelo, yl Lelo

lelo, yl lelo  

leloa çarat

il leloa.  


2.

Romaco armac 

aleguin eta

Vizcayac daroa

Zanzoa.


3. 

Octabiano

munduco jauna

le coby di

Vizcayocoa.


4.

Ichasotati

eta leorres

y mini deusco

molsoa.

5. 

leor celayac

bereac dira 

menditan tayac

leusoac. 


6.

lecu yronyan

gagozanyan

noebera sendo

daugogoa.


7.

bildurric guichi

armabardinas

oramayasu

guexoa. 


8.

Soyacgogorrac

badyri tuys 

narrubiloxa

surboa. 

9. 

bost urteco

egun gabean 

gueldi bagaric 

pochoa. 


10.

gurecobata

ylbadaguyan

bost amarren

galdoa.


11. 

aecanista

gue guichitaya

asqugudugu

lalboa. 


12. 

gueurelurrean

ta aen errian

biroch ainbaten

zamoa.

13. 

Ecin gueyago

(Falta el resto porque está roto el papel.)


14. 

tiber lecua

gueldico zabal

Uchin tamayo

grandoya.


15.

(Falta porque está roto el papel.)


16. 

andiaristac

gueisto syndoas

beticonayas

narraca."


Canto de Lelo. 

(Traducción literal castellana.)


1. (oh) Lelo!, (ha) muerto Lelo! - (Oh) Lelo! (ha) muerto Lelo! - (Oh), Lelo! Zara - (ha) muerto a Lelo!

2. Los extranjeros de Roma - hicieron lo posible, (mostraron sus fuerzas para subyugarnos), - (y) Vizcaya da - (el) canto de guerra. 

3. Octaviano (es) - (el) señor del mundo, - Lecobide - (lo es) de Vizcaya. 

4. Por mar - y por tierra - nos ha puesto - sitio (o cerco.)

5. Las secas llanuras - son suyas, (o ellos ocupan las áridas llanuras), - las altas montañas - (y) las cavernas, - (son nuestras, o están en nuestro poder.)

6. En sitio favorable - cuando estamos - cada cual (de nosotros) firme - mantiene su ánimo.

7. Poco miedo (tenemos) - con iguales armas - (pero) nuestra artesa - enferma (anda mal de pan.)

8. Duras corazas - llevan (ellos) - (pero el) cuerpo desnudo - (es más) ágil. 

9. De cinco años - (los) días y (las) noches - sin punto de reposo - (dura el) asedio.

10. (Para) cuando uno de los nuestros - ha (caído) muerto - cinco decenas - pierden (ellos.) 

11. (Pero) ellos (son) muchos y - nosotros pocos (escasos en número), - (y) al fin hemos hecho - (la) paz.

12. En nuestro suelo - y en su pueblo (o y en el suyo) - se atan del mismo modo - las haces. (N. E. fasces, etrusco : rasna. Símbolo de unidad, haz, feix, fascismo; catalanistas feixistes, bastante amigos de los y las etarras, sobre todo de los que se sientan en un escaño.)

13. Es imposible más... (Falta el resto porque está roto el papel.) 

14. El sitio (o la Ciudad) del Tíber - queda ancha (1) - Uchin Tamayo - muy grande.

15. (Falta porque está roto el papel.) 

16. Los grandes robles – ceden (2) - al continuo dar - del pica-postes. 

(1) Tal es la traducción literal, y en mi concepto la más exacta también de la frase original Gueldico zabal, que Humboldt ha traducido reposa a lo largo situada. Michel, queda o continúa extendida, (Reste étendue), y Trueba “conserva sus dominios.”) 

Queda ancha, expresa en mi concepto “Roma queda ya tranquila, en paz.) 

(2) Humboldt ha traducido "Caen mal de su grado.” 


Canto de Lelo.

(Texto original.) 


1.

¡Lelo! il Lelo,

¡Lelo! il Lelo (punto alzado)

Leloa! Zarac

Il leloa. 


2. 

Erromaco arrotzac (1)

Aleguiñ (2) eta 

Vizcayac (3) daroa (4)

Zanzoa. (5)


3. 

Octabiano 

Munduco jauna

Lecobidi (6)

Vizcaicoa.


4. 

Ichasotatic

Eta leorrez

Imini (7) deuscu

Molsoa (8)


5.

Leor celayac

Bereac dira 

Mendi tantayac

Leusoac. (9) 


6.

Lecu ironean (10) 

Gagozanean, (11)

Norberac sendo

(Dau) (12) gogoa.


7. 

Bildurric guichi

Arma bardiñez; (13) 

Oramaia (14) zu

Guexoa. (15)


8. 

Soyac (16) gogorrac

Badirituis,

Narru billosta (17)

Surboa, (18)


9. 

Bost urteco

Egun gabean

Gueldi bagaric

Bochoa. (19) 

10.

Gureco bata

Il badaguian

Bost amarren (20)

Galdua.


11.

Aec anitz ta

Gu guichitaya (21)

Azquen indugu

Lalboa. (22)


12.

Gueure lurrean

Ta aen errian

Biroch (23) ain baten

Zamoa. (24)


13. 

Ecin gueyago ….. (N. E. Falta el resto del texto)


14.

Tiber lecua

Gueldico zabal (25)

Uchin-Tamayo (26)

Grandoya. (27) 


15. 

(Falta todo el texto)

16.

Andi arichac (28) 

Guesto sindoaz

Betico naiaz (29)

Nardoa. (30) 

Canto de Lelo. 

(Traducción de D. Antonio de Trueba.) 


1. 

Oh Lelo! muerto es Lelo!

oh Lelo! muerto es ya!

oh, a Lelo Zara

dio muerte criminal!


2. 

A Vizcaya el romano

pretende subyugar;

pero Vizcaya (3) entona 

el cántico marcial.


3. 

El imperio del mundo

tiene Octaviano ya, 

y es Señor de Vizcaya

Lekobide el leal. 


4. 

Del lado de la tierra

y el lado de la mar

nos oprime Octaviano

con asedio tenaz. 


5.

En las secas llanuras

los romanos están

y bosques y cavernas

la montaña nos da.


6.

Apostados estamos 

en muy fuerte lugar

y ánimo inquebrantable

tenemos cada cual. 


7. 

Las armas siendo iguales

no tememos lidiar,

pero en nuestras artesas

suele faltar el pan.


8. 

Cubierto de corazas

el enemigo va,

pero el cuerpo indefenso

gana en agilidad.


9. 

De día ni de noche,

sin tregua al brazo dar,

cinco años há lidiamos

por nuestra libertad.


10. 

Cuando a uno de los nuestros

muerte el romano da,

cincuenta de los suyos

hemos visto espirar.


11. 

Pero hemos aceptado

al cabo su amistad,

porque somos muy pocos

y ellos son mucho más.


12.

En su tierra y la nuestra

lo mismo se ata el haz,

y era ya muy difícil

la lucha prolongar.


13. 

(Falta todo el texto)


14. 

Los dominios del Tíber

guardan su integridad

y Uchin-Tamayo (26) es grande

por la gloria y la paz.


15. 

(Falta todo el texto)


16.

El leve pica-postes

con su constancia va

venciendo la dureza

del roble secular. 

(1) El cambio de la palabra armac escrita, aunque se lee dudosamente, por Íñiguez de Ibargüen, por la de arrotzac, introducida según creo por Moguel, y aceptada ya por casi todos los comentaristas, no envuelve significación alguna de importancia para la verdad del texto, que queda inalterable. 

Las armas romanas, como se traduciría en el primer caso, o los extranjeros de Roma, como expresa en el segundo, viene a ser completamente lo mismo en el fondo.

La voz arrotz-a equivale a extraño, extranjero, y suelen emplearse como sinónimas de esta las palabras erbestecoa, (contracción de erri-bestecoa, de otro pueblo, de país extraño), atzeco-a o atzerrico-a, y erdaldun-a.

(2) Al-eguin, voz compuesta de al, guip., vizc., nav., ahal, lab., sulet., poder, y eguiñ, hacer, vale tanto como hacer (eguin) lo posible (ala o aldana). Ejemplos: Juango al naiz? Iré?, es decir, podré ir? Al-ic lenena, (o ahal-ic lasterrena), lo antes posible.

(3) No me parece excusado añadir que aunque en todo este canto sólo se cita el nombre de Vizcaya, la misma gloria cupo en la empresa a Guipúzcoa, pues ambas provincias desde luego pelearon unidas, y esa lucha ha inmortalizado el monte Hirnio o Hérnio, como más comúnmente se le llama hoy, situado en esta, y que los cántabros eligieron como uno de sus inexpugnables baluartes para su heroica defensa. Sobre el asunto me permito recomendar al lector la lectura de la preciosa tradición "Los Cántabros” escrita por D. Juan V. de Araquistain y que forma parte de sus "Tradiciones vasco-cántabras."

(4) Daroa. Es tercera pers. del sing. del presente de indic. del verbo vizc. eroan, llevar, equivalente al guip. eraman.

“Vizcaya da o entona el canto de guerra: es decir, lo lleva de monte en monte y de valle en valle."

(5) Zanzoa, voz purísima y muy usada, que expresa tanto como canto de guerra. Araquistain usa también en sus Tradiciones la voz Il çanzoa, para expresar la canción de muerte que entonaban los antiguos cántabros al arrancarse espontáneamente la vida antes de caer esclavos de los romanos.

(6) Lecobidi o Lecobide era el jefe de los Cántabros en tiempo de su lucha con Roma. (N. E. ¿Lecobide o Lecobidi = Lelo?)

(7) Imini, ifini o ipiñi, poner.

(8) La palabra molso-a se ha traducido por todos los comentaristas con la significación de sitio, cerco o asedio. En efecto, esta voz expresa propiamente el concepto de grupo, pelotón o montón de soldados, de gente o de ganado, y con igual significación se han empleado el verbo molsotu o moltsotu, agrupar, reunir, y sus derivados molsotu-a, molsotuago. 

(9) Leuso-a, leizea o leiza, abismo, antro, caverna.

En guip. y vizc. se ve generalmente leiz-a, leize-a, lez-a, en labort. En esta frase está sobreentendida, como comprenderá desde luego el lector a poco que se fije, la palabra gureac. "Las altas montañas y las cavernas (son) nuestras.”

(10) Lecu ironean, en lugar a propósito o favorable. Iron es, en mi humilde concepto, contracción de eraon: Lecu Ironean o era-onean equivale pues a lugar de gusto, agradable o favorable.

(11) Gagozanean, cuando estamos... Gagoz es 1.a pers. del plural del presente de indic. irregular del verbo egon, estar. Así se dice en el dial. vizc., emen gagoz, (emen gaude, guip.), aquí estamos.

(12) Tanto por hallarse suprimidos en el canto original todos los verbos de enlace, como porque destruye la medida, Humboldt cree, y participo de la opinión de este respetable filólogo, que el verbo dau que aparece en este verso es una reforma introducida en él 

posteriormente a su hallazgo, en beneficio quizás de la claridad.

(13) Bardin-a, berdiñ-a, igual.

(14) Oramai-a, artesa; de ora u ore, g., v., orhe, lab., bn., "pasta de harina preparada para el cocimiento", y mai-a, mesa. (N. E. ordeum, ordei, ordeo, ordea, ordeorum, ordeis, y versiones con h; cebada; ordi, ordio.)

(15) Guexoa o gueso-a, gech-a, vizc., gaitz, gaicho, guip., vizc., enfermo, malo. Desprovista aquí. - El dial. vizc. emplea también como sinónimas las voces guestoa, malo, (guip. gaizto-a), guestotú, (guip. 

gaiztotú), malear, y guestotza, maldad.  

(16) Soyac equivale a soin-ac, vizc. o soiñ, soñac, guip., los vestidos o las vestiduras.

Para expresar la significación de coraza emplea el vascuence la voz soiburnia o soin-burnia, que equivale a vestido de hierro.

(17) Narru billosta, piel desnuda o cuerpo desnudo o descubierto.

De narru, vizc., larru, g., lab., bn., piel, cuero, y billos, vizc., guip., billusi, lab., buluzi, bn., despejado, desnudo.

El cambio de la l en n que se observa en la voz larru, narru, es bastante común en la lengua vascongada, y se observa en otras muchas palabras, como por ejemplo en lenengo, lelengo.

La palabra billos-a, deriva según M. Chaho, de bilda, (pilda o filda), vestido, y uts-i, dejar.

“Adan ta Eva billosic icusi ziranean... "Cuando Adán y Eva se vieron desnudos..." (Lardizábal.)

En Vizcaya es muy común también designar al calvo con la expresión buru billosa, (de cabeza desnuda.) En la lengua se ven también usadas las palabras biluzi, desnudar, biluztea, desnudez, bilusa, desnudo, y biluzgorri, desnudo en carnes (N. E. en cueros, cuero : piel). 

(18) Surboa. Ignoro el origen y la etimología de esta palabra que no he podido hallarla en los diccionarios y vocabularios de Larramendi, Harriet, Moguel, Archu, Goyetche, Van-Eys, Chaho, Iztueta, e Iturriaga, ni aun en el Izteguia (Itzteguia) inédito de Aizquibel. Todos los traductores del Canto de Lelo la han vertido, sin embargo, en el concepto de ágil, flexible.

(19) Bocho-a. He aquí otra de las palabras desconocidas hoy, y cuya explicación no he podido hallar en ninguno de los diccionarios ni vocabularios que conozco. Bocho-a o pocho-a, (N. E: Latín possessio) (ya se sabe cuán común es en el vascuence el cambio de ambas letras iniciales), expresa, sin embargo, en mi concepto, lo mismo que ocupación, sitio, (y con la misma significación la han traducido todos los comentaristas), pues se usa aún el verbo pochelatu, y así lo emplea el P. Cardaberaz (Cardaberáz, Cardaberás) en el sentido de ocupar, tomar posesión o apoderarse de alguna cosa, así como también su derivado pochelatua; empleado por Lecluse con idéntica significación.

(20) Bost-amarren, cinco de a diez, o cinco decenas.

(21) Desconozco la terminación tai, taya, de esta palabra, que quizás sea resultado de algún error de copia. Desde luego la idea está sin embargo clara, pues guchi, guichi, significa menos, y el verbo guchitu,

venir a menos, amenguar o decrecer.

(22) Lalboa. Indudablemente la l inicial de esta palabra es simplemente eufónica, y destinada a evitar el choque de la vocal que le sigue con la última de la voz que le precede.

Eguin alboa equivale a acercarse, pues la palabra alboa se ve unida en los diversos conceptos de lado, flanco, costado, cercanía, inmediación, vecindad, y aquí ha podido emplearse más concretamente con la significación de concierto, pacto o convenio, pues así parece deducirse del texto.

(23) Biroch. Esta es otra de las palabras para mí desconocidas en el canto, y cuya explicación tampoco he podido hallar. ¿Será quizás un compuesto contracto del numeral bi (dos) y el verbo erachi o erachiki, pegar o unir una cosa a otra, empleado en el concepto de bildu, unir, atar o amalgamar? Parece corroborar esta opinión la palabra birokia, (bikia o bizkia), usada con la significación de mellizo o gemelo.

(24) La palabra zama significa propiamente carga; suele sin embargo usarse también en el concepto de haz o manojo de trigo, de leña, etc. Así se dice: egur zama, carga de leña o haz de leña.

(25) Véase la nota 1 de la página 21.

(26) Moguel entiende que Uchin-Tamayo, cuyo nombre conserva la tradición como el de uno de los jefes cántabros, es el que ajustó la paz con los Romanos.

(27) Humboldt señala esta como la única palabra no pura del canto, aunque él mismo indica que puede ser también vascongada y derivada de gora, alto, y andia (handia), grande.

(28) Arich-a, vizc. aritz-a, guip., haritz-a, lab., bn. sulet., roble. 

(29) En mi humilde concepto la n de naiaz es simplemente eufónica. Betico aiaz o ariyaz, al continuo dar... 

(30) Trueba ha traducido esta palabra por pica-poste. Larramendi designa a esta ave, más conocida por su nombre vulgar de pica-maderas, por alimentarse de los insectos que saca con su pico de entre las cortezas de los árboles, con los nombres de okila u okilla. (N. E. Pájaro carpintero y muchos nombres más; pícidos, Picidae, piciformes.)