viernes, 19 de mayo de 2023

CHAPITRE III. Combien le nom Gaulois s' amplisia anciennement ...

Combien le nom Gaulois s' amplisia anciennement: & contre les calomnies de quelques autheurs, qui, souz leur faux donner à entendre, voulurent obscurcir noz victoires.

CHAPITRE III.

Sur tous les peuples qui se sont adonnez à covrir l' Univers, l' on en peut à mon jugement remarquer trois de grande recommandation: entre lesquels, faut donner le plus ancien lieu aux Gaulois, le second aux Germains, & le tiers aux Sarrazins. D' autant que les premiers avant que Rome eust attaint au grand degré de souveraineté, les seconds sur la fin de l' Empire d' Italie, & les derniers, celuy de Constantinople commençant à tomber en ruïne, donnerent tant d' espreuves de leurs vaillantises, qu' il y eut peu de contrees, desquelles, selon la varieté du temps ils ne goustassent. Et vrayement quant à noz Gaulois, il fut une saison qu' ils establirent en tant de regions leurs conquestes, que pour ceste occasion plusieurs gens appellerent indifferemment l' Europe souz le nom de Celte ou Gaulois qui se rapportent l' un à l' autre. Qui fut cause que Joseph Juif, pensant subtiliser contre Appion le Grammairien, voulut improperer aux Historiographes Gregeois une ignorance du faict des Gaules: pour autant qu' indifferemment ils comprenoient plusieurs nations souz leur nom, qui n' estoient de leur originaire enceincte. Mais non toutesfois s' avisant que luy-mesmes en cest endroict s' abusoit. Parce qu' en la plus part de toutes les contrees de l' Europe, les Gaulois avoient eu victoires, & bien souvent avecques leurs victoires planté leurs noms. Ainsi tesmoigne Cesar qu' ils avoient anciennement occupé plusieurs environs de la grand Bretaigne. Et d' avantage il atteste qu' ils ficherent aussi leurs demeures dans la Germanie vers la coste de la forest Hercinienne. Et non contens de ce païs, continuerent leurs conquestes jusques en la Scythie, (comme en font foy les Celtoscythes) & aux Espaignes, ainsi que nous pouvons tirer des Celtiberes, peuples, au rapport de Plutarque, extraicts du vieil rige des Gaulois. S' estans veuz mesmement commander à une partie d' Italie, de la Grece, & de la Phrigie. Tellement qu' ayans fait sonner leurs victoires en une Germanie, Scithie, Espaignes, grande Bretaigne, Italie, Grece, & Bithinie, il ne faut trouver trop estrange, que non seulement les Grecs, mais aussi quelques autres, qui nous attouchoient de plus pres, confondissent sous ce nom Gaulois les autres peuples qui dépendoient de la grandeur d' eux. Tout ainsi, comme l' on a veu depuis, une Germanie avoir prins le nom universel d' Allemaigne (qui avoit ses bornes à part) mais pour la victoire que les Allemans firent quelquesfois du reste de la Germanie. Non pourtant que tels autheurs, comme il est à presumer pour telle confusion, n' entendissent le fonds & source de nostre Gaule, mais pource que d' elle, comme d' un grand arbre, s' estoit estendu le branchage parmy toute ceste Europe. Et mesmement que les anciens Gaulois, lors qu' ils avoient conquesté nouvellement un pays, estoient coustumiers d' en exterminer de tout poinct les premiers habitateurs, ou bien leur permettoient viure souz eux comme leurs subjects & vassaux, en la maniere que depuis les mesmes Gaulois esprouverent par la venuë  des François. Or entre tant de conquestes s' en trouvent trois principalement, desquelles, (encores que sur toutes memorables) si n' en avons nous instructions, que par les mains de noz ennemis. La premiere est ceste grande expedition, qui fut faite souz Ambigat Roy de Bourges quand Bellovese & Sigovese ses nepueux prindrent par sort en partage, l' un le pays de l' Italie, & l' autre celuy de la Germanie: leur succedant leur entreprinse si heureusement, que chacun d' eux sans grand destourbier prit terre la part où il avoit projecté: eternisans en chaque pays, par la fondation des villes qu' ils y bastirent, la memoire des nations qui s' estoient avecques eux acheminees à si nobles voyages. 

A maniere que les Venitiens mesmes (afin que je ne m' arreste aux autres peuples d' Italie, qui nous doivent leur nativité, desquels Troge Pompee fait assez grande mention, par l' organe de son abreviateur Justin) prindrent leur nom de ceste flotte, c' est à dire, du peuple de Vannes. De laquelle gloire, combien que quelques Italiens (comme Marc Anthoine Sabellic,) veullent frustrer nostre Gaule, pour la rapporter à quelques Enetiens, peuples forgez à credit, & qu' ils veulent tirer du pays de Paphlagonie, si eit-ce que Polibe autheur ancien attestoit par le confrontement & rapport des mœurs des Venitiens d' Italie, avec les citoyens de Vannes, qu' ils avoient pris leur ancienne origine de nous. Chose, à laquelle condescend volontairement Strabon. Certes les historiographes Latins, qui voulurent discovrir sur ce voyage, pour obscurcir quelque peu la loüange qu' ils ne nous pouvoient bonnement desrober, disent que les Gaulois allechez de la douceur des vins d' Italie, dont ils avoient en certaine information par espions, se donnerent de plus grande ardeur ce pays en proye: toutesfois, l' on sçait que toutainsi que d' un costé Bellovese s' achemina en Italie, aussi d' une autre part Sigovese prit l' adresse de la Germanie, pays pour lors & encores pour le jourd'huy, bien peu cultivé de vignoble. Qui monstre que ce ne fut une friandise des vins, qui nous feit apprendre le chemin de delà les monts, ains la proximité & cofinage des lieux. Parquoy les autres un peu plus sobres, & non si advantageux à mesdire, disent que l' occasion de ce grand desbord fut pour descharger le pays des Gaulois, adonques trop abondant en peuple. Laquelle opinion, bien qu' elle ne soit animeuse comme la premiere, si est-ce que qui considerera le commun cours de nostre nature, mal-aisément qu' il trouve que la Gaule doiue jamais avoir esté plus populeuse qu' à present. Car les grands & peuplez pays (comme il est certain) se sont ou par la disposition du ciel, comme sont les climats froids & Septentrionnaux, ou par la force des loix, qui pour suppléer au commun defaut du pays addressent tous leurs privileges aux mariages, pour inviter par ce moyen les subjects à multiplier en hommes, leur patrie: comme furent plusieurs ordonnances des Lacedemoniens, Atheniens, & Romains, & encor' de nostre temps d' avantage, entre les Mahumetistes, qui pour ceste cause permettent à un seul homme avoir en une mesme famille plusieurs femmes. Lesquelles deux reigles ayans deffailly en nostre Gaule, je ne trouve point raison pourquoy nous devions estimer ces bons peres du vieux temps, plus seconds en peuples, que quand depuis quatre cens ans en ça avec une infinité de Chrestiens souz la main de Boüillon (Bouillon) & autres Princes nous nous croisasmes encontre les Infideles. Par quoy, à dire le vray, leur vertu, ensemble leurs loix militaires, les acheminerent lors & plusieurs fois depuis à si loüables entreprises. Que si paraventure aujourd'huy se trouvoit estrange qu' à un amas de gens de guerre noz Roys avec grande difficulté levent trente ou quarante mil hommes, & que les anciens Gaulois comptoient leurs armees par cent & deux cent mille, je responds que l' occasion de cela procede de la diversité des polices, l' une apprenant principalement à iouer des cousteaux, & l' autre à manlet une plume: tellement que tout ainsi que noz anciens ne marchoient point en champ de bataille qu' avec une fourmiliere de peuples, aussi maintenant en contr' eschange noz Roys leveroient plustost deux cens mille, suyvans l' estat de la plume, que trente mille hommes de guerre. Qui a esté cause que quelque estranger escrivant dessus Ptolomee, à bon droict nous reproche qu' en ce seul pays de France se trouvent plus de chiquaneux & gaste-papiers, qu' en une Allemaigne, Italie, & Espaigne, trois autres grandes regions de l' Europe. De laquelle façon de faire combien que les anciens Gaulois ne fussent du tout eslongnez, ayans aussi bien que nous gens deputez à la vuidange des proces, si avoient-ils d' une autre part, ainsi que je disois au premier chapitre, Chevaliers du tout affectez à la guerre, soubs la devotion desquels de toute ancienne coustume se consacroient diversement les gens du tiers Estat & menu peuple: ne faisans autre compte de mort ou de vie, que celle qui plaisoit au seigneur, souz lesquels ils s' estoient vouez. Qui causoit, & que la justice ne demeuroit point en friche, & que les guerres se faisoient avecques si grand nombre de gens, que les Gaulois de leurs propres forces & sans armes auxiliaires subjuguerent toute l' Europe. En ceste façon, pour retourner sur mes arrhes, conquirent-ils la plus grande partie d' Italie, & aussi de la Germanie, souz leurs Princes Bellovese & Sigovese. En ceste façon exploicterent-ils leur second voyage, quand les Senonois, ayans passé les monts, meirent pour quelques indignitez qu' ils recevrent des Ambassadeurs des Romains, la ville de Rome à sac: dans laquelle ayans quelques journees commandé, ils en furent finalement dejectez tant par defaillance de viures, que par une surprise de Camille. En ceste façon soubs Belgion, & depuis soubz Brennon leurs Capitaines, occuperent-ils une grande partie de la Grece, & de là passans en la Bythinie que maintenant nous appellons Natolie, fonderent en l' une & l' autre contree un grand Royaume. Lesquels trois voyages, il me suffit monstrer seulement au doigt, tant pour être assez amplement couchez par Tite-Live, Justin & autres anciens autheurs, que pour en avoir esté la memoire rafraichie de nostre temps és livres expressément à ce dediez, par feu Messire Guillaume du Bellay, Chevalier, & depuis par Guillaume Postel, ausquels tout homme studieux pourra avoir son recours. Bien adjousteray-je apres eux, que le voyage de Rome rendit de là en avant le nom des Gaulois si redouté au peuple Romain, que lors que le moindre bruit s' eslevoit d' une entreprinse Gauloise, les Romains couroient aux armes comme au feu. Et pour ceste occasion s' estans à leurs propres cousts & despens faicts sages de nostre vertu, curent tousjours argent peculier & de reserve au thresor public, auquel jamais on ne touchoit, sinon pour subvenir aux fraiz des affaires qui se presentoient contre eux de nostre part. Et d' avantage, aux immunitez & exemptions des guerres, qu' ils ottroyoient, ils estoient coustumiers par clause ordinaire excepter celles qui s' offriroient du costé des Gaules. Et au regard de la Grece, y ayans assis nostre demeure, on recite qu' en toutes les grandes entreprises qui se brassoient au Levant, les Princes avoient vers nous leur recours, comme à un ressort de franchise, soit qu' il feust question de restablir en son trosne un pauvre Roy depossedé, ou de porter confort & aide à quelques peuples desolez. En toutes lesquelles entreprises combien que par fois nous cussions du bon, par fois du pire (comme sont les armes de leur nature journalieres) si est-ce que le desastre ne vint jamais en comparaison de nostre heur. Je sçay bien quelques historiographes voulurent anciennement soustenir, que tous ceux qui s' estoient retirez vers la Grece, avoient esté desconfits par la seule puissance de Dieu, au ravage du temple de Delphe, si faut-il bien presumer que la calamité ne fust si grande, veu qu' apres tant de revolutions d' annees, sainct Hierosme recognoissoit que le langage des Galates ou Gallogrecs se conformoit en grande partie avec celuy des Trevires, peuples situez dans nostre Gaule Belgique. Au demeurant, entant que touche le Camille tant rechanté par les Romains, & dont à chaque propos ils font banniere contre nous, pour quelque victoire qu' il rapporta de nous pendant le siege du Capitolle, je croy qu' il leur eust esté du tout plus seant de s' en taire: pour-autant que, si le commencement de ceste guerre fut entrepris (comme nous enseignent leurs propres histoires) pour un juste droict d' espee violé par leurs Ambassades, encores verra l' on que la fin trouva plus malheureuse issuë. Car qui est celuy, qui ne sçait que pendant une surseance d' armes, je veux dire, lors que par commune capitulation des deux osts, les Gaulois estoient au conseil pour sçavoir s' ils devoient lever le siege pour l' argent qui leur estoit offert, ou le continuer, Camille leur vint covrir sus en temps du tout importun & aliene des armes? Laquelle chose mesmement (afin que je ne m' aide d' autre tesmoignage, que de celuy de leurs Princes ) luy fut puis apres assez souvent reprochee en plein Senat par Manle le Capitolin. Et toutesfois quelle que ait esté ceste roupte, il la faut plustost imputer à la famine, qui long temps auparavant batailloit contre nous, qu' au Capitaine Camille: lequel, à bien dire, estonna plustost nostre armee ja attenuee d' une longue faim, qu' il ne luy meffit, quoy que Tite-Live, perpetuel ennemy du nom Gaulois, en vueille dire: Et qu' ainsi ne soit, Jules Frontin, au livre qu' il nous a laissé par escrit des ruses de guerre, est tesmoing qu' apres ceste deffaite, les Romains nous donnerent passage par la riviere du Tybre (Tíber): fournissans viures & munitions, jusques à ce que nous fussions bien loing esloignez de leur ville. Qui nous peut asseurer, qu' il y avoit gens assez de nostre costé pour intimider ou escarmoucher les Romains, & que la retraicte, que nous fismes, procedoit: plus d' une disette de victuailles, que de victoire signalee qu' ils eussent euë contre nous. Je ne doute point qu' il semblera à quelques uns, qui presteront l' œil au present discours, que je me soye plustost destiné, & en ce chapitre & aux autres deux de devant, à la loüange ou deffence de nos vieux Gaulois, qu' à une simple deduction ou narré. Chose que librement je confesse: n' estant pas grandement soucieux que l' on m' ait en opinion de Panegyriste ou Encomiaste, moyennant que ce que je dis se rende conforme au vray: aussi que la necessité m' y semond. Car s' estant l' authorité de quelques autheurs Latins par longue trainee de temps insinuee entre nous, ou, pour mieux dire, affinee, tellement qu' ils sont reputez veritables, il est fort mal-aisé de desraciner ceste opinion du commun, que par un mesme moyen l' on ne passe les bornes d' un simple narrateur. En quoy l' on ne sçavroit mieux convaincre tels-autheurs, que par ce que nous apprenons d' eux-mesmes. D' autant que voulans quelquesfois denigrer nos victoires pour donner lustre aux leurs, ils ne s' avisent pas qu' ils se contredisent, c' est à dire, qu' ils veulent donner à entendre d' un à nostre desavantage: & neantmoins qui confrontera leurs longs propos piece à piece, il trouvera qu' ils monstrent tout le contraire. Or est-ce un dire ancien, qui tombe souvent en la bouche du commun peuple, qu' il faut que tous braves menteurs soient gens de bonne memoire, pour se garder de mesprendre.

CHAPITRE II. Que Jules Cesar n' eut les Gaulois en opinion de Barbares,

Que Jules Cesar n' eut les Gaulois en opinion de Barbares, & que l' occasion de ce vint de leur ancienne police, ensemble de ce que quelques Autheurs Italiens nous veulent blassoner de ce tiltre.

CHAPITRE II.

Je ne puis quelquesfois, qu' à juste occasion je ne me rie de la plus part de noz modernes Italiens, lesquels se pensent avantager grandement en reputation envers toutes autres contrees, lors que faisans mention des guerres que nous avons euës contre eux, ils nous appellent Barbares. Entre ceux-cy Paule Ioue (Jove) n' y a usé d' aucune espargne, comme celuy qui en commun propos se vantoit n' avoir en si grande recommandation la verité historiale, qu' il ne fist plus grand compte de la gloire de son pays. Et neantmoins comme celuy qui a sa plume exposee à qui plus luy donne, quand il entre aux termes du Roy François premier, duquel il avoit pension, vous recognoistrez à l' œil qu' il commence d' attremper son stile & de flatter nostre France. De mesme façon a voulu user un autre non vrayement de telle marque, mais toutesfois authorisé envers le * populaire. Cestuy dont je parle, est Crinit, lequel à chaque propos penseroit avoir fait coruee, lors qu' il met le nom des Gaulois en avant, si d' une mesme suitte il ne l' accompagnoit d' un surnom ou de lourdaut, ou Barbare, s' estant tellement esgaré en tels tiltres, qu' en quelque lieu, entre autres faisant mention de la brave responce que les Ambassadeurs de Gaule feirent iadis à Alexandre le grand, quand il leur demanda quelle chose ils redoutoient le plus en ce monde, estimant que par leur responce ils deussent rapporter ceste crainte à la seule grandeur de luy: Ces Gaulois (dit cet Italien) comme ceux qui de leur nature sont lourds, escornans l' outre cuidee presumption d' Alexandre, respondirent seulement, qu' ils craignoient que ceste grande voulte du Ciel tombast sur leurs testes. Voyez je vous pry comme ce sot nous appelle sots en une responce si brave, & par laquelle nous pouvons descouvrir je ne sçay quoy de la proüesse & magnanimité de noz ancêtres. Tellement que luy, qui en cest endroict nous impute ceste parole à lourdise, est toutesfois contrainct confesser que par icelle se trouva ce ieune Roy de Macedoine tout confus. Certes si vous lisez en Jove, vous trouverez le plus de temps toutes nos victoires tellement abastardies, qu' il semble à l' oüir parler, que toutes & quantesfois que la honte est tombee sur son pays, il n' y ait rien de nostre bonne conduite, ains seulement ou de la fortune, ou du temps. Abaissant luy & tous ses semblables en tout, & par tout, & noz victoires & noz façons, tant anciennes que presentes, combien qu' il n' y ait aucune comparaison des partialitez & divisions d' Italie, à la commune union de nostre France: mais induits (ce croy-je) à ce faire pour être dicts imitateurs des anciens Romains, qui estimerent en leur commun langage toutes autres nations Barbares, fors la Gregeoise & la leur: & aussi pour mieux representer un Tite Live, lequel par animosité peculiere semble s' être du tout destiné à vilipender la memoire de noz Gaulois. En quoy combien que Jules Cesar n' ait du tout forligné de ses comtemporains, toutesfois comme celuy qui n' en parloit par advis de pays, ains qui par longue usance & frequentation cognoissoit leur ordre & police, se trouve avoir plus de respect, que tous les autres. Et de faict, du peu que j' ay observé le lisant, je ne trouve que ce mot de Barbare luy soit eschappé de la plume à l' endroict de nous, hors mis en deux lieux: l' un quand Crassus, son Lieutenant ayant pris au pays d' Aquitaine une ville qu' il nomme Sontiac, voulant donner contre quelques autres peuples des frontieres & esloignez pour l' assiete de leur region, de la courtoisie de la Gaule: A donc (dit-il) ces Barbares estonnez, luy envoyerent de toutes parts Ambassades. L' autre au cinquiesme Livre, auquel lieu plus forcé de colere que de raison, pour les novalitez qui de jour à autre se brassoient encontre luy pour la recousse de la commune liberté, il nous appelle Barbares, nous ayant en tous autres passages reputez de conditions civilizees le possible. Et si quelqu' un, peut être vouloit attribuer cela, d' autant que c' estoit la grandeur de Cesar de ne tomber en opinion envers les siens d' avoir deffait gens Barbares, certainement il s' abuse grandement: Car quand il s' achemina à la conqueste de ceux de la grande Bretaigne, où la fortune luy fut aussi favorable comme en la Gaule, pour le nompris en quoy il avoit leur maniere de faire, il les appelle à chasque bout de champ, gens Barbares, ne daignant les caresser de plus honorable tiltre. Mesmement apres qu' au cinquiesme Livre il a deduit le commun Estat des Gaules, adjoustant celuy de la Germanie au pied, quasi par une anthitese & contredite: 

Les Germains (dit-il) sont du tout differens de telles façons de faire. Car ils n' ont ny Druydes qui ayent la charge des choses divines, ny ne sont soucieux de tant de religions. Et ainsi deduisant leurs façons au parangon des nostres, monstre de combien ils estoient rudes & mal façonnez au regard de nous. Et à ceste occasion parlant des nations limitrophes & attenantes à la nostre, se trouvera qu' apres avoir parlé des Suéves affis au terrouer d' Allemagne, Non loing d' eux (faict-il) estoient les Ubiens, Republique de nom, & florissante selon la portee du pays, voire quelque peu d' avantage, mieux polie que tout le surplus d' Allemaigne, par ce qu' ils confinent au Rhin. Au moyen dequoy plusieurs marchans trafiquent avec eux, mesmes pour la proximité des lieux, ils se conforment en quelques traicts aux coustumes de la Gaule. Et en autre endroict faisant la description ou topographie de la grand Bretaigne, il dit que ceux, qui resseoyent en la ville de Cantium, estoient les mieux appris du pays, pour autant qu' elle estoit maritime & approchant des mœurs & façons du Gaulois. De sorte que l' on peut par là cognoistre en quelle reverence estoient les manieres de faire de noz Gaulois à l' endroict des nations prochaines; & mesmement envers ce grand Jules Cesar. Et vrayement à bonne raison: par ce que, qui considerera de pres leur ancienne police, il trouvera un pays merveilleusement bien ordonné. Car combien que la Gaule fust bigarree en factions & puissances, comme nous voyons maintenant l' Italie (qui fut veritablement le premier defaut de leur Republique, & pour lequel finalement ils se ruinerent) toutesfois en ceste varieté d' opinions fondees pour leur grandeur, si avoient-ils une justice generale par laquelle estoit rendu le droict à un chacun particulier. Chose qu' il est facile de tirer de Cesar au lieu où, apres avoir discouru tant sur la Republique des Heduens que sur celle des Auvergnacs & Sequanois, lesquelles se guerroyoient sans entrecesse, venant subsecutivement à discourir sur la Religion des Druydes, Ils exercent (dict-il) la justice, & si quelque personnage de privee condition, ou mesmement aucun peuple n' obeist à leurs decrets, en ce cas, ils l' excommunient, estant ceste peine envers eux fort redoutee. Car ceux qui encourent telles censures, sont reputez meschans, & fuiz du reste du peuple, afin que par ceste conversation il n' en demeure contaminé & infect comme eux. Et qui plusest leur est deniee toute audience de iustice. Et peu apres: Ces Druydes s' assemblent annuellement sur les limites du Chartrain (qui est une region qui tient le milieu de la Gaule) & là siegent en certain lieu sacré, faisants droict universellement aux Gaulois, lesquels se ferment à leurs sentences, comme arrests. A la verité qui voudra examiner ce propos, il semblera que Cesar se contrevienne. Car comme n' agueres je disois, il maintient que la Gaule estoit reduite en deux principales factions, qui se faisoient journelle guerre: & maintenant comme s' ils eussent tous esté concords, il dict que les Druydes s' assembloient en lieu destiné pour sentencier sur chacun. Que veulent donc enseigner tels propos? non autre chose, sinon, combien *entent ces Gaulois en recommandation le faict de la justice. Veu qu' entre leurs communes divisions, justice toutesfois avoit cours, & qu' ils avoient gens choisis soubs la puissance desquels nonobstant les debats de leurs primautez, ils soubmettoient les negoces des particuliers. Car pour le regard des affaires de plus grande importance & qui concernoient l' universel de la Gaule (apres qu' ils s' estoient longuement embroüillez des guerres, revenant par un commun consentement chasque Republique à soy) elles se vuidoient ordinairement par diettes, esquelles s' il estoit question de quelque grand personnage qui eut conspiré contre la liberté du public, ou aspiré à la tyrannie de la Republique, par la sentence des Estats il souffroit condamnation de mort, bannissement, ou telle reparation que l' on trouvoit bonne de faire. En quoy ils avoient une telle foy l' un à l' autre, que combien que les Heduens & Sequanois eussent une perpetuelle jalousie de leur grandeur ensemblement, tontesfois Ariouist, extraict de la Germanie, ayant envahy sur les Sequanois quelque partie de leur territoire, encores en feirent les Heduens en une assemblee leur complainte, appellans Cesar à leur ayde mesmes en faveur de leurs ennemis. Laquelle coustume fut souvent pratiquee par Cesar aux grands affaires, bien qu' il eust empieté la Gaule. D' autant que sur son premier advenement il ne vouloit du tout effacer (craignant les rebellions) les anciennes franchisses & libertez des Gaulois. Ainsi voyons nous que luy revenant du degast du Liege encontre Ambiorich, fit signifier une telle façon de diette à Reims, où il fut traicté entre autres choses des rebellions de ceux de Chartres, & de Sens, & fut speciallement recherché un nommé Acon, qui avoit procuré avecques ses complices, la mort du Roy de Chartres. Pour lesquelles choses ayant esté declaré atteinct & conuaincu de crime, en fut pris tel exemple, que portoit l' ancienne usance de Gaule. Et en l' absence de Cesar s' en trouvent deux memorables: L' un, quand Induciomare, tenant les premieres parties entre les Treuires, voulant tailler nouvelle besongne à Cesar, & ayant intelligence avecques le Chartrain, Tournaisin & quelques autres, feit faire une journee, par laquelle entre autres capitulations fut declaré Cingethorich son concurrant en grandeur, & partisan des Romains, ennemy de la Republique, & ses biens à elle acquis & confisquez. L' autre, quand soubs la conduite de Versingethorich, toutes les Gaules se rebellerent, en laquelle diette fut conclud quant, & combien de gens d' armes chacque Republique soudoyeroit à ses despens. Qui monstre quelle foy toutes les villes avoient l' une à l' autre parmy leurs riottes & dissentions. Car combien que pour la préeminence ils se feissent souvent guerres, si est-ce qu' au relasche d' icelles, ils avoient telles journees & diettes de reserve, pincipalement pour se fortifier & garentir des estrangers. Toutes lesquelles choses mises ensemble nous servent d' assez ample leçon pour nous enseigner qu' il n' y avoit rien lors en la Gaule, qui sentist son esprit grossier ou barbare. Car * & les Censeurs des Druydes entre nous autres Chrestiens encores s' observent aujourd'huy, & à l' exemple des Druydes qui s' assembloient tous les ans, en certains lieux pour quelque temps, pour rendre droict aux parties, nous avons presque introduits en noz Parlemens les grands Jours, combien qu' il y ait quelque diversité, comme il est possible que toutes choses anciennes se rapportent d' un droict fil aux modernes. Et de la mesme façon que la Gaule s' entretenoit jadis par diettes, nous voyons aujourd'huy l' Allemaigne maintenir en grandeur son Empire. 

Non que je vacille dire que d' eux, ny l' Alemaigne, ny nous qui sommes Chrestiens, ayons emprunté telles coustumes: mais je veux conclure puis que, par les deux poincts qui entretiennent aujourd'huy une grande partie des Monarchies de l' Europe, noz vieux Gaulois se maintenoient deslors en honneur, qu' il n' y avoit rien en eux qui ne partist de bon esprit à l' entretenement de leur commune police. Et si de ce general ordre nous voulons entrer aux particularitez, voyez je vous supply, l' Estat des Heduens, de ce que nous en pouvons extraire & apprendre du mesme Cesar, bien qu' à la traverse & peut-être, sans y penser il nous en ait donné les Memoires. Car apres qu' il fut venu à chef de la ville d' Auaric en Berry, luy vindrent (dit-il) Ambassades de la part des Heduens pour le prier humblement qu' il luy pleust prendre la cause de leur Republique en main, allans leurs affaires en grand desarroy. Pour autant que combien qu' anciennement leur souverain magistrat, & qui avoit mesme prerogative qu' un Roy, fust esleu seul d' an à autre, toutesfois y en avoit deux qui s' ingeroient au maniment de cest Estat: soustenant chacun d' eux en son endroict être le vray. En sorte que la Republique estoit toute en armes, & le Senat & le peuple partialisez en brigues, & au grand dommage du public, si les choses prenoient longue traitte. Au moyen de quoy Cesar (ainsi qu' il recite) combien qu' il luy fut fort fascheux laisser ses propres affaires & ennemis en arriere, ce neantmoins pesant la consequence de ces nouvelles, & desirant y obvier : aussi qu' il estoit acertené que de toute ancienne loy, en ceste Republique ceux qui estoient commis à l' exercice de tel estat, pendant l' an de leur magistrat, leur estoit prohibé de sortir hors de leurs limites: pour ne vouloir être veu enfraindre ceste ancienne coustume, ains entretenir ses citoyens en leurs droicts & libertez, luy-mesmes se transporta sur les lieux, faisant venir par devers soy le Senat, & les deux dont estoit question. Auquel lieu ayant esté informé par quelques uns soubs main, que Cotte un des pretendans avoir esté creé en temps & lieu indeu, & mesmement par son frere, qui l' an auparavant avoit exercé cest estat: nonobstant que les loix deffendissent que deux d' une mesme famille peussent administrer aucun office qui auroit esté exercé par un sien parent, jusques apres la mort de luy, & interdissent mesmement à deux d' une parentelle l' entree du Senat: à cette occasion Cesar ordonna que Cotte resigneroit tout le droict qu' il pouvoit pretendre, en faveur de Convictolitane, qui avoit esté créé par les Prestres suivant l' usance ancienne. En effect voila que Cesar dict en passant. Mais que tirons nous de cecy? En premier lieu, que entre les Heduens, le Roy estoit sans plus annuel. En second, qu' il ne luy estoit loisible, pendant son magistrat, vuider les fins du pays. Tiercement que d' un parentage deux ne pouvoient être Senateurs. Et finallement que les Prestres qui par commune renommee devoient être plus religieux & fideles, estoient commis pour l' election de ceux qui estoient appellez à cest estat. Quoy? quels moyens y a-il plus souverains pour exterminer & bannir toute tyrannie que ceux-cy? Desquels le premier fut pratiqué en la Republique de Rome: le second par la Seigneurie de Venise: le tiers, par noz vieilles & plus estroictes ordonnances: & le quart par les grands Roys & Empereurs, qui demandent, voire affectent religieusement (pour la conservation de leurs Estats) le sacre & couronnement de l' Eglise. Je veux donc conclure par cecy, qu' il n' y eut oncques defaut de police bien ordonnee entre noz anciens Gaulois, ny consequemment occasion pour laquelle ils deussent du Romain encourir le nom de Barbares. Car s' il nous faut passer plus bas, & descendre au temps que les François s' impatronizerent de ceste Gaule jusques à nous, je voudrois volontiers sçavoir, qui esmeut nos nouveaux autheurs d' Italie (j' entends depuis trois cens ans en ça) à nous blassoner de tel tiltre. Premierement si nous considerons noz vieux François, lesquels tous fraiz esmolus passerent de la Germanie en la Gaule, bien qu' ils n' eussent occasion d' être de telle trempe que leurs successeurs, au moyen des perpetuelles guerres esquelles ils estoient seulement nourris, si est-ce qu' un Procope, & apres luy Agathie, qui toucherent presque à leur aage, leur donnent sur toutes autres nations qui passerent d' outre le Rhin, loüange de civilité & justice. A laquelle mesmement l' un d' entre eux attribuë autant la cause de leurs grandes victoires, comme à leurs propres forces & armes, en quoy toutesfois ils furent de leurs temps uniques. Et me souvient entre autres lieux qu' Agathie deplorant l' estat de Marseille, laquelle ville auparavant adonnee aux lettres Grecques, estoit tombee soubs la puissance des François (qu' il nomme en ce lieu là Germains, comme faict en quelque autre passage Procope) est neantmoins en fin finale contrainct confesser qu' elle n' estoit digne de telle commiseration que l' on eust bien dict: attendu que les François n' estoient gens agrestes, comme plusieurs nations Barbares, ains civilizez & polis, selon les coustumes Romaines, ausquelles ils se conformoient non seulement és nopces, festins, & autres grandes assemblees, mais aussi en regimes ou medecines, pour la conservation, ou recouvrement de leur santé. Et si de ces bons vieux peres François il nous plaist venir à la commune police que de main en main nous observons depuis cinq ou six cens ans en ça, je m' asseure que l' on trouvera l' Italie n' être qu' une chose divisee en partialitez, & discordes, sans aucune asseurance de bon ordre. Et au rebours, nostre France être reiglee par une Monarchie appuyee de si bon conseil, qu' encores qu' il y ait quelques defauts (comme le commun cours de Nature n' est jamais sans) toutesfois si voit-on qu' il faut qu' il y ait une grande conduite, puis que depuis onze ou douze cens ans, l' Estat de noz Princes s' est perpetué jusques à nous.

Desquelles choses on ne recueille aucune demonstration de Barbarie: si, peut être nous ne voulons nommer Barbares les nations, qui ont chastié l' Italie pendant qu' elle aneantie & reduicte en un perpetuel nonchaloir, n' avoit pour son subject autre chose, que les delices & voluptez. Car en ceste mesme façon voyons nous que le commun, d' une opinion esvolee deteste ordinairement la nation des Gots, comme gens grossiers & mal appris, pour autant qu' ils ruïnerent quelques fois Rome jadis chef de l' univers. Combien que qui voudroit raconter leur histoire de point en poinct, on trouveroit que lors de leur venuë, l' Italie estoit trop plus desnuee d' une commune civilité. Et qu' ainsi ne soit, lequel se monstra plus Barbare, ou le Romain, qui, ayant donné sa foy & sauf-conduit à Alaric, Roy des Visegots pour passer au pays d' Aquitaine, ce neantmois par gens interposez luy fit liurer l' assaut le propre jour de Pasques, pour le prendre à l' impourueu: ou Alaric, qui, pour reparer ceste injure, meit puis apres Rome à feu & à sang? Certes je croy qu' on trouvera que le Romain avoit usé contre tout droict de gent, & ouvré un tour de Barbare. Et au contraire, qu' Alaric, semonds d' une juste vengeance avoit practiqué ce que tout noble cœur ne sçavroit passer par dissimulation. Au demourant, qui voudra sans passion considerer la Monarchie que tint Theodoric Roy des Ostrogots, sur l' Italie, il cognoistra un Prince debonnaire le possible, & advisé au profit de soy & de son peuple, trop plus que les Exarques & Ducs, qui depuis souz la puissance de l' Empire commencerent à prendre ply en Italie, les Gots en estans expulsez. Tellement que par ces exemples on peut voir que ce que plusieurs autheurs d' Italie ont mis ce mot de Barbare en œuvre au contemnement de nous autres, ou des estrangers > ç' a esté seulement pour penser venger par leurs escrits & traicts de plume, noz braves traicts d' armes & proüesses: & attenuer les victoires que nous avons sur eux gaignees. Aussi à peine qu' on trouve que l' Italie, depuis le declin de l' Empire, c' est à dire, depuis huict ou neuf cens ans en ça, estant foulee des estrangers, ait esté remise sus, que par nostre moyen: ny que l' opinion de sa grandeur ait bien esté rabatuë, que semblablement de noz verges. En quoy combien que nous n' ayons tousjours eu vent en pouppe, aussi le plus du temps en avons nous rapporté telles despoüilles, que jamais ne sera que les Italiens ne nous en redoutent, & par mesme moyen n' implorent en leurs adversitez nostre aide. Et au contraire, ne trouverez que depuis Charlemaigne, ny long temps auparavant ils ayent usé d' aucun acte de braverie en nostre endroict, mais connillans selon les temps & occasions, tantost se sont soubmis à nostre devotion, tontost s' en sont dispensez, non toutesfois sans opinion de retour. Toutes choses par moy deduictes par maniere d' avant-jeu, non point que par elles j' entende de primer en aucune façon l' Italien: mais aussi afin qu' il entende que nous, ne sommes à luy inferieurs, ny en police & bonnes mœurs, ny en bonne conduite de guerre, soit que nous advisions l' ancienne Gaule, ou nostre nouvelle France.

Chapitre III

LIVRE PREMIER. CHAPITRE I. Du tort que les anciens Gaulois...

LES RECHERCHES DE LA FRANCE, 

LIVRE PREMIER.

Communicant ces presentes Recherches à mes amis, comme les opinions des hommes sont diverses, il y en avoit quelques uns qui trouvoient de mauvaise grace qu' à chaque bout de champ je confirmasse mon dire par quelque autheur ancien: Disans que la plus grand partie de ceux qui par cydevant nous avoient enseigné d' escrire histoires alambiquerent de l' ancienneté tout ce qu' il leur avoit pleu, pour puis le communiquer au peuple, sans s' amuser à telles confirmations, qui ressentoient je ne sçay quoy plus de l' umbre des escholes, que de la lumiere de l' histoire: 

Que le temps affinoit comme l' or, les œuvres, & qu' ores que pour le jourd' huy on y eust moins de creance, toutesfois à l' advenir elles pourroient s' authoriser d' elles mesmes, ainsi qu' il en estoit advenu aux anciens: Les autres de contraire advis disoient que produisant icy fruicts non encores bonnement goustez par la France, c' estoit sagement fait à moy de confirmer mon histoire par authoritez anciennes: mais estimoient chose d' une curiosité trop grande, d' inserer tout au long les passages, que c' estoit enfler mon œuvre mal à propos aux despens d' auruy: Qu' en ce faisant il y avoit de la superstition & superfluité tout ensemble, & que le plus expedient eust esté de retrancher cest excez. Entant que touche les premiers, je recognoistray franchement que j' ay eu plusieurs grandes raisons qui me conuioient à leur party. Car outre ce que nos ancêtres en ont usé de ceste façon, encores y a-il plus de prudence & seureté pour ceux-cy, ne s' exposans pas tant au hazard d' être repris que les autres: Ny plus ny moins que le sage Legislateur, ou Juge, se doit bien donner garde de rendre raison, celluy-là, de sa loy, & cettuy-cy, de sa sentence, ains laisser penser à chacun diversement à part soy, ce qui les a peu induire de donner telles loix, ou jugemens. Aussi discourant avec un stile nud & simple, l' ancienneté, le lecteur en croiroit ce qu' il voudroit: au contraire alleguant les passages, c' estoit apprester matiere à un esprit de contradiction, de les induire d' autre façon que vous ne faites, & par ce moyen vous expoter à la reformation, voire aux calomnies d' autruy. Joinct que j' estois aucunement excité de ce faire, parie ne sçay quelle jalousie de nos noms, qui chatouille les esprits de ceux qui mettent la main à la plume. En l' an 1562. je mis en lumiere le premier Livre de ces miennes Recherches, & en 65. le second, dans lesquels je pense avoir esté le premier des nostres (je le diray par occasion, non par vanterie) qui ay defriché plusieurs anciennetez obscures de ceste France, tant pour la venue des nations estrangeres aux Gaules, que de l' introduction des Parlements, Pairries, Apanages, Maires du Palais, Connestables, Chanceliers, Ducs, Comtes, Baillis & Prevosts. Et par ce qu' és discours de toutes ces particularitez j' apportois opinions non aucunement touchees ou recognevës par ceux qui avoient escrit nos Annales, je pensay les authoriser par les Anciens, dont l' avois recueilly mes conjectures. En quoy les choses, graces à Dieu, me succederent si à propos, qu' une flotte de bons esprits de la France ayans choisi pareil subject (en autre forme toutesfois) m' ont fait cest honneur de suivre mes pas à la trace. Les aucuns recognoissans de bonne foy tenir leurs opinions de moy, les autres non, ains des Autheurs dont j' avois tiré mon histoire: n' ayant par ce moyen rapporté aucune recognoissance ou honneur de ces derniers, sinon que je leur ay seruy d' inventaire. Ce que j' ay veu mesmes en ma presence pratiquer par aucuns, qui ne me cognoissoient de face, & les autres par une impudence trop hardie me cognoissans. Car comme ainsi fust que tombans sur ces discours, quelques uns de la compagnie leur remonstrassent que c' estoient fruicts qu' il savoient cueillis dedans mon jardin, ils repliquerent que les livres anciens leurs estoient communs & familiers comme à moy, ne disans pas toutesfois que tous ces passages avoient esté veus par nos predecesseurs sans les voir, & que quand l' or a esté purifié d' une mine, il est puis apres fort facile de le mettre en œuvre. Certainement ces considerations me reduisoient presque à l' advis de ceux qui vouloient que nuëment je proposasse mon histoire. Toutesfois escrivant icy pour ma France, & non pour moy, tout ainsi qu' aux deux premiers Livres, aussi aux cinq autres suyvans je me suis resolu de ne rien dire qui importe, sans en faire preuve, à la charge que si ceux qui viendront apres moy voguent en mesme eau (comme il sera fort aisé de le faire la premiere glace estant rompuë) & me font cest honneur de recognoistre tenir quelque chose de moy, je la leur donne de bien bon cœur, & veux qu' elle soit estimee leur appartenir, comme si elle estoit de leur tres-fonds. Mais si par une ingrate ambition ils l' empruntent, voire transcrivent mot apres mot des clauses entieres de moy sans en faire estat, ainsi qu' il est advenu à quelques uns, encores leur pardonne-je: d' autant qu' ils ne m' en sçauroient tant oster, qu' il ne m' en reste assez pour mon contentement particulier, moyennant que j' aye le moindre sentiment que ce present que je fais à ma France luy retourne à profit & contentement, & que ceux qui liront mes Recherches, cognoissent que j' y aye apporté moins d' artifice, & plus de rondeur. 

C' est la cause pour laquelle j' ay pensé que ce n' estoit assez de monstrer quelle fut l' ancienneté de nostre France, ains la faire toucher au doigt, alleguant tantost les autheurs, tantost couchant leurs passages tout au long. Et si ay encores estimé que consacrant ceste historie à nostre France, j' eusse fait tort à mon entreprise, si je n' eusse quelquesfois traduict les passages en nostre vulgaire : autrement celuy qui n' eust sceu le Latin, lisant ces anciennetez eust esté un autre Tantale, au meilieu des cauës sans en pouvoir boire: & au surplus n' ayant eu que trop de loisir, pendant trente un ou trente deux ans pour recognoistre mes premiers enfans, j' ay voulu comme le bon Arithmeticien multiplier, adjouster, & soustraire tant au premier que second Livres, mesmes donner beaucoup plus de façon que par cy devant au Chapitre du Parlement resseant dedans Paris, & à la suitte y metre l' establissement & progrez de la Chambre des Comptes: deux des premieres compagnies de la France, chacune en son subject, dont la vraye ancienneté n' a jamais esté recogneuë qu' à tatons. Aussi ayant à la derniere impression des deux premiers Livres tracé le crayon de l' Assemblee des trois Estats de la France, j' ay pensé de rehausser maintenant les peintures de ce tableau, & luy donner tout autre jour que l' on n' a faict par le passé. D' une chose seulement supplie-je le Lecteur, qu' il vueille recevoir ce mien labeur de mesme cœur que je luy en fais present.

Du tort que les anciens Gaulois, & ceux qui leur succederent, se feirent, pour être peu soucieux de recommander par escrits leur Vertu à la posterité. 

CHAPITRE I.

C' A esté une honorable question ramenee quelquefois par les anciens en dispute, sçavoir s' il estoit plus requis pour l' utilité du public, communiquer ses conceptions & secrets par escritures au peuple, ou bien sans les communiquer, les donner à ses successeurs de bouche en bouche à entendre. A la conclusion de laquelle combien que le plus de voix ait passé pour la premiere opinion, si est ce que la derniere n' est pas demouree sans soustien, ains a esté authorisee par plusieurs personnages de nom, entre lesquels les Lacedemoniens veirent jadis leur grand Legislateur Licurge, les Samiens le sententieux Pythagore, & les Atheniens leur sage & unique Socrate. Semonds, ce crois-je, à ce faire, afin que leurs peuples ou escoliers forclos de la communication des escrits, feissent registres de leur memoire, non de papiers: mais non considerans pourtant que favorisans aux vivans, ils apportoient grand dommage à ceux qui avoient à les suivre. Aussi n' eussions nous maintenant aucune part aux braves ordonnances de Licurge, si quelques gens notables, plus zelateurs du bien futur, que du present, n' eussent enfraint le premier chef de ses loix: & feussions par mesme moyen frustrez des sages discours de Socrate, sans les instructions que nous en cusmes apres par les mains de son disciple Platon: semblablement les mots dorez de Pythagore fussent évanouis en fumee, si contre son commandement l' un de ses sectareurs Phylolae n' eust suppleé à son defaut. Certes ceste mesme coustume (il faut qu' avecques mon grand regret je le profere) fut fort familiere aux Gaulois. Car comme par generale police leurs estats fussent divisez & distincts par la Noblesse, Prestres de leur loy, qu' ils appelloient Druydes, & le menu Peuple: dont le premier ordre estoit destiné au faict de la guerre, le second au maniement de la religion, justice & bonnes lettres, estant la Noblesse grandement prodigue de son sang & de sa vie pour l' illustration de son pays, au contraire les Druydes furent si avaricieux de rediger aucune chose par escrit, que de toutes les grandes entreprises de la Noblesse Gauloise, nous n' en avons presque cognoissance que par emprunt: 

Et encores par histoires qui nous sont prestees en monnoye de si bas aloy, qu' il nous eust esté quelquesfois plus utile ne recevoir tels plaisirs, que de voir publier noz victoires avecques tels masques qu' elles sont. Tellement qu' il nous seroit mal-aisé recognoistre au vray la grandeur de nos ancêtres, sinon qu' en ceste, ou disette, ou falsification d' histoires, ils eurent une singuliere astuce de planter leurs noms és contrees qu' ils avoient de nouveau conquises. Tesmoins en sont les Celtiberes, jadis faisans leur demeure dedans les Espagnes, tesmoins en la Phrigie, les Gallates ou Gallogrecs, en Italie les Gaulois, qui nous furent Ultramontains, en Angleterre les Vvalons. Afin que je coule soubs silence plusieurs victoires qu' ils eurent à la traverse contre le superbe Romain. En quoy j' estime leurs voyages dignes de plus grande loüange, d' autant que de toutes les nations du North ou Ponant, ceste-cy fut, peut-être, seule laquelle faisant sa demeure en territoire plantureux, s' achemina d' un cœur gay à nouveaux pourchas & conquestes. Et au contraire tous les peuples qui depuis en ce grand desbord se liguerent contre les Romains, le feirent par une necessité d' eschanger leurs terres pierreuses & sans fruict, en lieux de plus grande achoison. Lesquelles choses (bien que dignes de grande admiration) si ne les treuverons nous point trop estranges, si nous voulons considerer l' ancienne police des Gaules, que quelques Capitaines de Rome nous donnerent à la traverse à entendre. Car de quel fonds je vous supply sortoit ceste belle ordonnance de ne donner aucune traicte à marchandises foraines en leur pays, ensemble que les enfans ne se presentassent devant la face de leurs peres ou meres, avant qu' ils eussent atteint le quatorziesme an de leur aage, sinon pour oster toute occasion, & aux grands de s' aneantir par curiositez estrangeres, & aux petits de s' amignarder dedans le sein de leurs meres? Que nous enseigne ceste autre loy, par laquelle és assemblees de guerre le dernier des Chevaliers & Nobles qui s' y trouvoit être arrivé, estoit pour exemple public de sa paresse exposé au dernier supplice, sinon l' envie qu' eut leur premier fondateur de loix de tenir les Gentils-hommes Gaulois sur pieds, & les asseurer d' une fin ignominieuse, si pour leur honneur & repos ils doutoient de se hazarder à une mort honorable? Voire que posé qu' aucuns leur tournassent à impropere les sacrifices dont ils usoient, comme peut-être trop cruels & abhorrens d' une commune humanité, si est-ce qu' à considerer les choses de pres, cecy ne leur partoit que d' un cœur genereux, magnanime, & peu soucieux de la mort, au spectacle de laquelle ils s' accoustumoient par leurs ceremonies, comme les anciens Romains en leurs theatres, quand ils prostituoient au public souz l' espreuve d' une espee, la vie de leurs gladiateurs, ou qu' ils abandonnoient les pauvres delinquans à la misericorde des bestes farouches & affamees du sang humain. Je n' adiousteray à cecy l' opinion qu' ils donnerent à leurs peuples, pour effacer de leurs esprits toute image de mort, lors que souz un pretexte bien inventé, ils leur donnoient à entendre que les affaires de l' autre monde se demenoient comme celles de cestuy-cy. Lesquelles inventions, combien que, comme discordantes à nostre religion, soient damnables, si nous sont-elles toutesfois comme un modelle de leur vertu: par lequel ny plus ny moins que le bon veneur recognoist aux voyes de quelle grandeur est le Cerf sans le voir, aussi pouvons nous aisement apprendre que tous leurs desseins & pensees ne visoient qu' à un but de guerre. Et neantmoins quel Gaulois eusmes nous oncques, qui s' ingerast de transmettre à la posterité aucune chose de noz vaillances? Tant estoit en nous imprimee l' affection de bien faire, & de rien escrire. Or si ceste mal-heureuse opinion (ennemie de l' immortalité de noz noms) a esté cause que l' honneur de noz bons vieux peres est demouré enseuely dedans le tombeau d' oubliance, vrayement encores faut-ilqu' avecques eux je deplore la fortune de ceux qui leur succederent. Car estant nostre Gaule tombee és mains de ces braves François, qui par succession de tems se naturaliserent en ce pays, comme legitimes Gaulois, il seroit impossible de conter les hautes chevaleries qu' ils meirent à fin. Ce neantmoins tout ainsi que premierement les Druydes, aussi de mesme exemple, les Moynes prenans pour quelque tems entre nous la charge des sciences (selon la portee des faisons) bien que non si jaloux du bien de la posterité que les autres: reduisirent veritablement les faicts & gestes de noz Roys par memoires, mais avec telle sobrieté, que vous trouverez leurs grandes & excessives histoires se rapporter plus à leurs Religions & monasteres, qu' à la deduction du subject qu' ils promettent au front de leurs livres: & outre plus, si maigrement, qu' il semble qu' ils n' ayent voulu toucher qu' à l' escorce. Car qui ost celuy d' eux tous (j' en mets hors de ligne un, & encores peut-être un autre, mais c' est trop) entre une infinité qu' ils sont, qui ait jamais entrepris de nous armer un Roy de haut appareil, c' est à dire qui se soit amusé à nous desduire de fonds en comble les deliberations & conseils, raconter avec paroles de choix la poursuitte, & comme si nous y eussions esté en personnes, representer devant les yeux l' issuë de ses entreprises? 

Et comme toute histoire bien digeree consiste principalement en 2. poincts, dont l' un regarde la guerre, & l' autre l' ordre d' une paix: qui est celuy (je n' en excepteray aucun) qui apres avoir quelque peu sauté sur les guerres, nous ait jamais discouru le faict de nostre police, afin ce pendant que, comme trop partial, je ne remarque en la plus part d' eux, un fil de langage mal tissu, une liaison mal cousuë, un certain defaut d' entregent, & à peu dire, un tout qui ressent son remeugle. 

De maniere qu' il semble qu' il seroit requis qu' un bon Prince, tout ainsi qu' il entretient à sa soulde Capitaines & gens d' eslite pour la protection de soy & de son pays, aussi afin que ses faicts ne tombassent en l' ingratitude des ans, eust à ses gages Historiographes aguerris, & aux armes & aux bonnes lettres: mais moyennant qu' il se peut faire que ceux qui toucheroient tels gages d' une main, n' engageassent par cette obligation l' autre main plustost à desguiser par flatterie ses faicts, qu' à descouvrir ses veritez. Car je ne sçay comment ces salaires subornent le plus du temps noz esprits, ou transportent noz affections. Mais que peut-il chaloir au bon Prince (car ainsi l' ay-je souhaitté) que l' on cognoisse ses veritez? veu qu' il se doit asseurer que tout ainsi que nature l' a constitué au plus haut degré de préeminence que tous les autres, aussi l' a-elle estably comme dessus un theatre, pour servir d' exemple à ses subjects. Lesquels par naturel instinct ont la veuë tellement fichee en luy, que comme s' ils eussent yeux perçans à jour les parois, entendent mesmes le plus du tems les plus petites particularitez de leur Prince, & celles qu' il pense tenir plus cachees. Et certes ny plus ny moins que le bon Prince deust souhaitter avoir gens gagez pour l' embelissement de ses faicts: au rebours celuy que nature a procreé, pour n' être qu' un espouventail à son peuple, s' il se remiroit quelquesfois, deust grandement redouter de se veoir peinct de toutes pieces, & donner argent pour se taire, à ceux qui ont l' esprit & la plume à commandement. Si ne sont à present les Princes (graces à Dieu) en ceste peine, un chacun choisissiant plustost autre party, que l' histoire.

Et de ma part cognoissant le danger qui escherroit, ou de la reputation & honneur, ou de la personne à celuy qui voudroit entreprendre d' escrire une histoire moderne, de l' honneur à moins, de la personne à tout mettre (car estant l' histoire sans moyen, il n' y a pas moins de reproche à taire une verité, qu' à falsifier un mensonge) j' ay voulu prendre pour mon partage les anciennetez de la France. Chose encor que par quelques uns de fois à autres touchee, non toutesfois tout au long couchee par escrit, ny de tel fil que je me delibere. Et pour autant que je voy qu' en ce subject il y a double recherche, ou des choses, ou des paroles, & que pour le regard des choses l' on doit premierement jetter l' œil sur les vieux Gaulois, puis sur les François, avant qu' ils fussent Chrestiennez, & finalement apres qu' ils furent reconciliez à Dieu par le sainct sacrement de Baptesme, qui a esté dés & depuis le temps de Clouis jusques à nous: j' ay voué mon Premier Livre en passant, pour quelques discours des Gaulois & aussi de l' habitation des premiers François, ensemble de quelques autres peuples qui nous touchent, que nous ne recognoissons (pour dire la verité) qu' à demy: mon Second, à la deduction de la commune police, qui a esté diversement observee selon les temps és choses seculieres: le Tiers, pour la discipline Ecclesiastique & libertez de nostre Eglise Gallicane: le Quatriesme à quelques anciennetez, qui ne concernent tant l' Estat du public, que des personnes prives: le Cinquiesme, en la commemoration de quelques notables exemples, que je voy ou n' être deduits par le commun de nos Croniqueurs, ou passez si legerement qu' ils sont à plusieurs incognus: Et pour le regard du Sixiesme, je me suis referué ce qui appartient à nostre poësie Françoise: Et le septiesme, à l' ancienneté de nostre langue, ensemble de quelques proverbes antiques, qui ont eu vogue jusques à nous: estendant quelques fois mes propos, mesmes à l' origine & usage de quelques paroles de marque. En quoy si je ne satisfais à tous, si me fay-je fort pour le moins, avec le peu de jugement que j' y ay adjousté du mien, avoir mes Autheurs pour garends: & Autheurs qui ont esté assez prochains des saisons, sur lesquelles je pretends les alleguer. Ce neantmoins tout ainsi qu' és grandes entreprises on a ordinairement de coustume d' envoyer quelques avant-coureurs pour descouvrir le pays: aussi estant ce mien dessein d' assez grande importance, je me suis advisé de hazarder ce premier Livre devant, pour recognoistre les François, Bourguignons, Gots & autres peuples, qui se logerent en ce pays. Car encor'que les autres Livres soient grandement advancez, si ne suis-je pas tant assotté de mes œuvres, que par une precipitation trop legere je les vueille rendre avortons, ains me propose, & en cestuy, & aux autres, comme un bon pere de famille, les menager selon que le temps me donnera de jour à autre plus grand loisir & conseil. Hazardant ce temps-pendant cestuy-cy, à la charge que, si la fortune ne luy est d' entree favorable, le tenir pour enfant perdu, sans en mener pourtant grand dueil, tant pour me contenter d' avoir bien voulu à ma France, que pour être aussi trop certain, qu' avec le naïf que quelques uns ont desiré aux œuvres que nous escrivons, il y a (comme en toutes autres choses) heur ou mal-heur: estant le hazard du temps, comme l' aueugle és blanques, distributeur des benefices que reçoivent les Livres, & non le plus souvent leur valeur.

Chapitre II